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Preuves de la théorie de la terre/Article XIII

< Preuves de la théorie de la terre
Pillot (2p. 215-235).

ARTICLE XIII.

Des inégalités du fond de la mer et des courants.


On peut distinguer les côtes de la mer en trois espèces : 1º les côtes élevées, qui sont de rochers et de pierres dures, coupées ordinairement à plomb à une hauteur considérable, et qui s’élèvent quelquefois à sept ou huit cents pieds : 2º les basses côtes, dont les unes sont unies et presque de niveau avec la surface de la mer, et dont les autres ont une élévation médiocre et souvent bordée de rochers à fleur d’eau, qui forment des brisants et rendent l’approche des terres fort difficile : 3º les dunes, qui sont des côtes formées par les sables que la mer accumule, ou que les fleuves déposent ; ces dunes forment des collines plus ou moins élevées.

Les côtes d’Italie sont bordées de marbres et de pierres de plusieurs espèces, dont on distingue de loin les différentes carrières ; les rochers qui forment la côte paroissent à une très grande distance comme autant de piliers de marbres qui sont coupés à plomb. Les côtes de France depuis Brest jusqu’à Bordeaux sont presque partout environnées de rochers à fleur d’eau qui forment des brisants ; il en est de même de celles d’Angleterre, d’Espagne, et de plusieurs autres côtes de l’Océan et de la Méditerranée, qui sont bordées de rochers et de pierres dures, à l’exception de quelques endroits dont on a profité pour faire les baies, les ports, et les havres.

La profondeur de l’eau le long des côtes est ordinairement d’autant plus grande que ces côtes sont plus élevées, et d’autant moindre qu’elles sont plus basses ; l’inégalité du fond de la mer le long des côtes correspond aussi ordinairement à l’inégalité de la surface du terrain des côtes. Je dois citer ici ce qu’en dit un célèbre navigateur.

« J’ai toujours remarqué que dans les endroits où la côte est défendue par des rochers escarpés, la mer y est très profonde, et qu’il est rare d’y pouvoir ancrer ; et, au contraire, dans les lieux où la terre penche du côté de la mer, quelqu’élevée qu’elle soit plus avant dans le pays, le fond y est bon, et par conséquent l’ancrage. À proportion que la côte penche ou est escarpée près de la mer, à proportion trouvons-nous aussi communément que le fond pour ancrer est plus ou moins profond ou escarpé : aussi mouillons-nous plus près ou plus loin de la terre, comme nous jugeons à propos ; car il n’y a point, que je sache, de côte au monde, ou dont j’aie entendu parler, qui soit d’une hauteur égale et qui n’ait des hauts et des bas. Ce sont ces hauts et ces bas, ces montagnes et ces vallées, qui font les inégalités des côtes et des bras de mer, des petites baies et des havres, etc., où l’on peut ancrer sûrement, parce que telle est la surface de la terre, tel est ordinairement le fond qui est couvert d’eau. Ainsi l’on trouve plusieurs bons havres sur les côtes où la terre borne la mer par des rochers escarpés, et cela parce qu’il y a des pentes spacieuses entre ces rochers : mais dans les lieux où la pente d’une montagne ou d’un rocher n’est pas à quelque distance en terre d’une montagne à l’autre, et que, comme sur la côte de Chili et du Pérou, le penchant va du côté de la mer, ou est dedans, que la côte est perpendiculaire ou fort escarpée depuis les montagnes voisines, comme elle est en ces pays là depuis les montagnes d’Andes qui y régnent le long de la côte, la mer y est profonde, et pour des havres ou bras de mer il n’y en a que peu ou point ; toute cette côte est trop escarpée pour y ancrer, et je ne connois point de côtes où il y ait si peu de rades commodes aux vaisseaux. Les côtes de Galice, de Portugal, de Norwége, de Terre-Neuve, etc., sont comme la côte du Pérou et des hautes îles de l’Archipélague, mais moins dépourvues de bons havres. Là où il y a de petits espaces de terre, il y a de bonnes baies aux extrémités de ces espaces dans les lieux où ils s’avancent dans la mer comme sur la côte de Caracas, etc. Les îles de Jean Fernando, de Sainte-Hélène, etc., sont des terres hautes dont la côte est profonde. Généralement parlant, tel est le fond qui paroît au dessus de l’eau, tel est celui que l’eau couvre : et pour mouiller sûrement il faut ou que le fond soit au niveau, ou que sa pente soit bien peu sensible ; car s’il est escarpé, l’ancre glisse et le vaisseau est emporté. De là vient que nous ne nous mettons jamais en devoir de mouiller dans les lieux où nous voyons les terres hautes et des montagnes escarpées qui bornent la mer : aussi, étant à vue des îles des États, proche la terre del Fuego, avant que d’entrer dans les mers du Sud, nous ne songeâmes seulement pas à mouiller après que nous eûmes vu la côte, parce qu’il nous parut près de la mer des rochers escarpés : cependant il peut y avoir de petits havres où des barques ou autres petits bâtiments peuvent mouiller ; mais nous ne nous mîmes pas en peine de les chercher.

» Comme les côtes hautes et escarpées ont ceci d’incommode qu’on n’y mouille que rarement, elles ont aussi ceci de commode, qu’on les découvre de loin, et qu’on en peut approcher sans danger ; aussi est-ce pour cela que nous les appelons côtes ardues, ou, pour parler plus naturellement, côtes exhaussées : mais pour les terres basses on ne les voit que de fort près, et il y a plusieurs lieux dont on n’ose approcher, de peur d’échouer avant que de les apercevoir ; d’ailleurs il y a en plusieurs endroits des bancs qui se forment par le concours des grosses rivières, qui des terres basses se jettent dans la mer.

» Ce que je viens de dire, qu’on mouille d’ordinaire sûrement près des terres basses, peut se confirmer par plusieurs exemples. Au midi de la baie de Campêche les terres sont basses pour la plupart : aussi peut-on ancrer tout le long de la côte, et il y a des endroits à l’orient de la ville de Campêche, où vous avez autant de brasses d’eau que vous êtes éloignés de la terre, c’est-à-dire depuis neuf à dix lieues de distance, jusqu’à ce que vous en soyez à quatre lieues ; et de là jusqu’à la côte la profondeur va toujours en diminuant. La baie de Honduras est encore un pays bas, et continue de même tout le long de là aux côtes de Porto-Bello et de Carthagène, jusqu’à ce qu’on soit à la hauteur de Sainte-Marthe ; de là le pays est encore bas jusque vers la côte de Caracas, qui est haute. Les terres des environs de Surinam sur la même côte sont basses, et l’ancrage y est bon ; il en est de même de là à la côte de Guinée. Telle est aussi la baie de Panama, et les livres de pilotage ordonnent aux pilotes d’avoir toujours la sonde à la main et de ne pas approcher d’une telle profondeur, soit de nuit, soit de jour. Sur les mêmes mers, depuis les hauteurs de Guatimala en Mexique jusqu’à Californie, la plus grande partie de la côte est basse : aussi peut-on y mouiller sûrement. En Asie la côte de la Chine, les baies de Siam et de Bengale, toute la côte de Coromandel et la côte des environs de Malaca, et près de l’île de Sumatra du même côté, la plupart de ces côtes sont basses et bonnes pour ancrer : mais à côté de l’occident de Sumatra les côtes sont escarpées et hardies ; telles sont aussi la plupart des îles situées à l’orient de Sumatra, comme les îles de Bornéo, des Célèbes, de Gilolo, et quantité d’autres îles de moindre considération qui sont dispersées par ci par là sur ces mers, et qui ont de bonnes rades avec plusieurs fonds bas : mais les îles de l’Océan de l’Inde orientale, surtout à l’ouest de ces îles, sont des terres hautes et escarpées ; principalement les parties occidentales, non seulement de Sumatra, mais aussi de Java, de Timor, etc. On n’auroit jamais fait si l’on vouloit produire tous les exemples qu’on pourroit trouver ; on dira seulement, en général, qu’il est rare que les côtes hautes soient sans eaux profondes, et au contraire les terres basses et les mers peu creuses se trouvent presque toujours ensemble[1]. »

On est donc assuré qu’il y a des inégalités dans le fond de la mer, et des montagnes très considérables, par les observations que les navigateurs ont faites avec la sonde. Les plongeurs assurent aussi qu’il y a d’autres petites inégalités formées par des rochers, et qu’il fait fort froid dans les vallées de la mer. En général, dans les grandes mers les profondeurs augmentent, comme nous l’avons dit, d’une manière assez uniforme, en s’éloignant ou en s’approchant des côtes. Par la carte que M. Buache a dressée de la partie de l’Océan comprise entre les côtes d’Afrique et d’Amérique, et par les coupes qu’il donne de la mer depuis le cap Tagrin jusqu’à la côte de Rio-Grande, il paroît qu’il y a des inégalités dans tout l’Océan, comme sur la terre ; que les abrolhos où il y a des vigies et où l’on trouve quelques rochers à fleur d’eau, ne sont que des sommets de très grosses et de très grandes montagnes, dont l’île Dauphine est une des plus hautes pointes ; que les îles du cap Vert ne sont de même que des sommets de montagnes ; qu’il y a un grand nombre d’écueils dans cette mer, où l’on est obligé de mettre des vigies ; qu’ensuite le terrain tout autour de ces abrolhos descend jusqu’à des profondeurs inconnues, et aussi autour de ces îles.

À l’égard de la qualité des différents terrains qui forment le fond de la mer[2], comme il est impossible de l’examiner de près, et qu’il faut s’en rapporter aux plongeurs et à la sonde, nous ne pouvons rien dire de bien précis : nous savons seulement qu’il y a des endroits couverts de bourbe et de vase à une grande épaisseur, et sur lesquels les ancres n’ont point de tenue ; c’est probablement dans ces endroits que se dépose le limon des fleuves : dans d’autres endroits ce sont des sables semblables aux sables que nous connoissons, et qui se trouvent de même de différente couleur et de différente grosseur, comme nos sables terrestres : dans d’autres ce sont des coquillages amoncelés, des madrépores, des coraux, et d’autres productions animales, lesquelles commencent à s’unir, à prendre corps, et à former des pierres : dans d’autres ce sont des fragments de pierre, des graviers, et même souvent des pierres toutes formées, et des marbres ; par exemple, dans les îles Maldives on ne bâtit qu’avec de la pierre dure que l’on tire sous les eaux à quelques brasses de profondeur ; à Marseille on tire de très beau marbre du fond de la mer : j’en ai vu plusieurs échantillons : et loin que la mer altère et gâte les pierres et les marbres, nous prouverons, dans notre discours sur les minéraux, que c’est dans la mer qu’ils se forment et qu’ils se conservent, au lieu que le soleil, la terre, l’air, et l’eau des pluies, les corrompent et les détruisent.

Nous ne pouvons donc pas douter que le fond de la mer ne soit composé comme la terre que nous habitons, puisqu’en effet on y trouve les mêmes matières, et qu’on tire de la surface du fond de la mer les mêmes choses que nous tirons de la surface de la terre ; et de même qu’on trouve au fond de la mer de vastes endroits couverts de coquillages, de madrépores, et d’autres ouvrages des insectes de la mer, on trouve aussi sur la terre une infinité de carrières et de bancs de craie et d’autres matières remplies de ces mêmes coquillages, de ces madrépores, etc., en sorte qu’à tous égards les parties découvertes du globe ressemblent à celles qui sont couvertes par les eaux, soit pour la composition et pour le mélange des matières, soit par les inégalités de la superficie.

C’est à ces inégalités du fond de la mer qu’on doit attribuer l’origine des courants ; car on sent bien que si le fond de l’Océan étoit égal et de niveau, il n’y auroit dans la mer d’autre courant que le mouvement général d’orient en occident, et quelques autres mouvements qui auroient pour cause l’action des vents, et qui en suivroient la direction : mais une preuve certaine que la plupart des courants sont produits par le flux et le reflux, et dirigés par les inégalités du fond de la mer, c’est qu’ils suivent régulièrement les marées, et qu’ils changent de direction à chaque flux et à chaque reflux. Voyez sur cet article ce que dit Pietro della Valle, au sujet des courants du golfe de Cambaie, et le rapport de tous les navigateurs, qui assurent unanimement que dans les endroits où le flux et le reflux de la mer est le plus violent et le plus impétueux, les courants y sont aussi plus rapides.

Ainsi on ne peut pas douter que le flux et le reflux ne produisent des courants dont la direction suit toujours celle des collines ou des montagnes opposées entre lesquelles ils coulent. Les courants qui sont produits par les vents suivent aussi la direction de ces mêmes collines qui sont cachées sous l’eau ; car ils ne sont presque jamais opposés directement au vent qui les produit, non plus que ceux qui ont le flux et le reflux pour cause, ne suivent pas pour cela la même direction.

Pour donner une idée nette de la production des courants, nous observerons d’abord qu’il y en a dans toutes les mers ; que les uns sont plus rapides et les autres plus lents ; qu’il y en a de fort étendus tant en longueur qu’en largeur, et d’autres qui sont plus courts et plus étroits ; que la même cause, soit le vent, soit le flux et le reflux, qui produit ces courants, leur donne à chacun une vitesse et une direction souvent très différentes ; qu’un vent de nord, par exemple, qui devroit donner aux eaux un mouvement général vers le sud, dans toute l’étendue de la mer où il exerce son action, produit, au contraire, un grand nombre de courants séparés les uns des autres et bien différents en étendue et en direction : quelques uns vont droit au sud, d’autres au sud-est, d’autres au sud-ouest ; les uns sont fort rapides, d’autres sont lents ; il y en a de plus et moins forts, de plus et moins larges, de plus et moins étendus, et cela dans une variété de combinaisons si grande, qu’on ne peut leur trouver rien de commun que la cause qui les produit ; et lorsqu’un vent contraire succède, comme cela arrive souvent dans toutes les mers, et régulièrement dans l’Océan Indien, tous ces courants prennent une direction opposée à la première, et suivent en sens contraire les mêmes routes et le même cours, en sorte que ceux qui alloient au sud vont au nord, ceux qui couloient vers le sud-est vont au nord-ouest, etc. ; et ils ont la même étendue en longueur et en largeur, la même vitesse, etc. ; et leur cours au milieu des autres eaux de la mer se fait précisément de la même façon qu’il se feroit sur la terre entre deux rivages opposés et voisins, comme on le voit aux Maldives et entre toutes les îles de la mer des Indes, où les courants vont, comme les vents, pendant six mois dans une direction, et pendant six autres mois dans la direction opposée. On a fait la même remarque sur les courants qui sont entre les bancs de sable et entre les hauts-fonds ; et en général tous les courants, soit qu’ils aient pour cause le mouvement du flux et du reflux, ou l’action des vents, ont chacun constamment la même étendue, la même largeur, et la même direction dans tout leur cours, et ils sont très différents les uns des autres en longueur, en largeur, en rapidité, et en direction ; ce qui ne peut venir que des inégalités des collines, des montagnes, et des vallées, qui sont au fond de la mer, comme l’on voit qu’entre deux îles le courant suit la direction des côtes aussi bien qu’entre les bancs de sable, les écueils, et les hauts-fonds. On doit donc regarder les collines et les montagnes du fond de la mer comme les bords qui contiennent et qui dirigent les courants, et dès lors un courant est un fleuve, dont la largeur est déterminée par celle de la vallée dans laquelle il coule, dont la rapidité dépend de la force qui le produit, combinée avec le plus ou le moins de largeur de l’intervalle par où il doit passer, et enfin dont la direction est tracée par la position des collines et des inégalités entre lesquelles il doit prendre son cours.

Ceci étant entendu, nous allons donner une raison palpable de ce fait singulier dont nous avons parlé, de cette correspondance des angles des montagnes et des collines, qui se trouve partout, et qu’on peut observer dans tous les pays du monde. On voit, en jetant les yeux sur les ruisseaux, les rivières, et toutes les eaux courantes, que les bords qui les contiennent forment toujours des angles alternativement opposés ; de sorte que quand un fleuve fait un coude, l’un des bords du fleuve forme d’un côté une avance ou un angle rentrant dans les terres, et l’autre bord forme au contraire une pointe ou un angle saillant hors des terres, et que dans toutes les sinuosités de leur cours cette correspondance des angles alternativement opposés se trouve toujours : elle est, en effet, fondée sur les lois du mouvement des eaux et l’égalité de l’action des fluides, et il nous seroit très facile de démontrer la cause de cet effet ; mais il nous suffit ici qu’il soit général et universellement reconnu, et que tout le monde puisse s’assurer par ses yeux que toutes les fois que le bord d’une rivière fait une avance dans les terres, que je suppose à main gauche, l’autre bord fait, au contraire, une avance hors des terres à main droite.

Dès lors les courants de la mer, qu’on doit regarder comme de grands fleuves ou des eaux courantes, sujettes aux mêmes lois que les fleuves de la terre, formeront de même, dans l’étendue de leur cours, plusieurs sinuosités, dont les avances et les angles seront rentrants d’un côté et saillants de l’autre côté ; et comme les bords de ces courants sont les collines et les montagnes qui se trouvent au dessous ou au dessus de la surface des eaux, ils auront donné à ces éminences cette même forme qu’on remarque aux bords des fleuves. Ainsi on ne doit pas s’étonner que nos collines et nos montagnes, qui ont été autrefois couvertes des eaux de la mer, et qui ont été formées par le sédiment des eaux, aient pris par le mouvement des courants cette figure régulière, et que tous les angles en soient alternativement opposés : elles ont été les bords des courants ou des fleuves de la mer, elles ont donc nécessairement pris une figure et des directions semblables à celles des bords des fleuves de la terre ; et par conséquent toutes les fois que le bord à main gauche aura formé un angle rentrant, le bord à main droite aura formé un angle saillant, comme nous l’observons dans toutes les collines opposées.

Cela seul, indépendamment des autres preuves que nous avons données, suffiroit pour faire voir que la terre de nos continents a été autrefois sous les eaux de la mer ; et l’usage que je fais de cette observation de la correspondance des angles des montagnes, et la cause que j’en assigne, me paroissent être des sources de lumière et de démonstration dans le sujet dont il est question : car ce n’étoit point assez d’avoir prouvé que les couches extérieures de la terre ont été formées par les sédiments de la mer, que les montagnes se sont élevées par l’entassement successif de ces mêmes sédiments, qu’elles sont composées de coquilles et d’autres productions marines ; il falloit encore rendre raison de cette régularité de figure des collines dont les angles sont correspondants, et en trouver la vraie cause que personne jusqu’à présent n’avoit même soupçonnée, et qui cependant, étant réunie avec les autres, forme un corps de preuves aussi complet qu’on puisse en avoir en physique, et fournit une théorie appuyée sur des faits indépendants de toute hypothèse, sur un sujet qu’on n’avoit jamais tenté par cette voie, et sur lequel il paroissoit avoué qu’il étoit permis et même nécessaire de s’aider d’une infinité de suppositions et d’hypothèses gratuites, pour pouvoir dire quelque chose de conséquent et de systématique.

Les principaux courants de l’Océan sont ceux qu’on a observés dans la mer Atlantique près de la Guinée ; ils s’étendent depuis le cap Vert jusqu’à la baie de Fernandopo : leur mouvement est d’occident en orient, et il est contraire au mouvement général de la mer, qui se fait d’orient en occident. Ces courants sont fort violents, en sorte que les vaisseaux peuvent venir en deux jours de Moura à Rio de Bénin, c’est-à-dire faire une route de plus de cent cinquante lieues ; et il leur faut six ou sept semaines pour y retourner ; ils ne peuvent même sortir de ces parages qu’en profitant des vents orageux qui s’élèvent tout à coup dans ces climats : mais il y a des saisons entières pendant lesquelles ils sont obligés de rester, la mer étant continuellement calme, à l’exception du mouvement des courants, qui est toujours dirigé vers les côtes dans cet endroit ; ces courants ne s’étendent guère qu’à vingt lieues de distance des côtes. Auprès de Sumatra il y a des courants rapides qui coulent du midi vers le nord, et qui probablement ont formé le golfe qui est entre Malaye et l’Inde. On trouve des courants semblables entre l’île de Java et la terre de Magellan. Il y a aussi de très grands courants entre le cap de Bonne-Espérance et l’île de Madagascar, et surtout sur la côte d’Afrique, entre la terre de Natal et le cap. Dans la mer Pacifique, sur les côtes du Pérou et du reste de l’Amérique, la mer se meut du midi au nord, et il y règne constamment un vent de midi qui semble être la cause de ces courants ; on observe le même mouvement du midi au nord sur les côtes du Brésil, depuis le cap Saint-Augustin jusqu’aux îles Antilles, à l’embouchure du détroit des Manilles, aux Philippines, et au Japon dans le port de Kibuxia.

Il y a des courants très violents dans la mer voisine des îles Maldives ; et entre ces îles les courants coulent, comme je l’ai dit, constamment pendant six mois d’orient en occident, et rétrogradent pendant les six autres mois d’occident en orient ; ils suivent la direction des vents moussons, et il est probable qu’ils sont produits par ces vents, qui, comme l’on sait, soufflent dans cette mer six mois de l’est à l’ouest, et six mois en sens contraire.

Au reste, nous ne faisons ici mention que des courants dont l’étendue et la rapidité sont fort considérables : car il y a dans toutes les mers une infinité de courants que les navigateurs ne reconnoissent qu’en comparant la route qu’ils ont faite avec celle qu’ils auroient dû faire, et ils sont souvent obligés d’attribuer à l’action de ces courants la dérive de leur vaisseau[3]. Le flux et le reflux, les vents et toutes les autres causes qui peuvent donner de l’agitation aux eaux de la mer, doivent produire des courants, lesquels seront plus ou moins sensibles dans les différents endroits. Nous avons vu que le fond de la mer est, comme la surface de la terre, hérissé de montagnes, semé d’inégalités, et coupé par des bancs de sable : dans tous ces endroits montueux et entrecoupés, les courants seront violents ; dans les lieux plats où le fond de la mer se trouvera de niveau, ils seront presque insensibles : la rapidité du courant augmentera à proportion des obstacles que les eaux trouveront, ou plutôt du rétrécissement des espaces par lesquels elles tendent à passer. Entre deux chaînes de montagnes qui seront dans la mer, il se formera nécessairement un courant qui sera d’autant plus violent que ces deux montagnes seront plus voisines ; il en sera de même entre deux bancs de sable ou entre deux îles voisines : aussi remarque-t-on dans l’Océan Indien, qui est entrecoupé d’une infinité d’îles et de bancs, qu’il y a partout des courants très rapides qui rendent la navigation de cette mer fort périlleuse ; ces courants ont en général des directions semblables à celles des vents, ou du flux et du reflux qui les produisent.

Non seulement toutes les inégalités du fond de la mer doivent former des courants, mais les côtes mêmes doivent faire un effet en partie semblable. Toutes les côtes font refouler les eaux à des distances plus ou moins considérables : ce refoulement des eaux est une espèce de courant que les circonstances peuvent rendre continuel et violent ; la position oblique d’une côte, le voisinage d’un golfe ou de quelque grand fleuve, un promontoire, en un mot, tout obstacle particulier qui s’oppose au mouvement général, produira toujours un courant : or, comme rien n’est plus irrégulier que le fond et les bords de la mer, on doit donc cesser d’être surpris du grand nombre de courants qu’on y trouve presque partout.

Au reste, tous ces courants ont une largeur déterminée et qui ne varie point : cette largeur du courant dépend de celle de l’intervalle qui est entre les deux éminences qui lui servent de lit. Les courants coulent dans la mer comme les fleuves coulent sur la terre, et ils y produisent des effets semblables ; ils forment leur lit ; ils donnent aux éminences entre lesquelles ils coulent, une figure régulière, et dont les angles sont correspondants : ce sont, en un mot, ces courants qui ont creusé nos vallées, figuré nos montagnes, et donné à la surface de notre terre, lorsqu’elle étoit sous l’eau de la mer, la forme qu’elle conserve encore aujourd’hui.

Si quelqu’un doutoit de cette correspondance des angles de montagnes, j’oserois en appeler aux yeux de tous les hommes, surtout lorsqu’ils auront lu ce qui vient d’être dit : je demande seulement qu’on examine, en voyageant, la position des collines opposées, et les avances qu’elles font dans les vallons ; on se convaincra par ses yeux que le vallon étoit le lit, et les collines les bords des courants ; car les côtés opposés des collines se correspondent exactement, comme les deux bords d’un fleuve. Dès que les collines à droite du vallon font une avance, les collines à gauche du vallon font une gorge. Ces collines ont aussi, à très peu près, la même élévation ; et il est très rare de voir une très grande inégalité de hauteur dans deux collines opposées, et séparées par un vallon : je puis assurer que plus j’ai regardé les contours et les hauteurs des collines, plus j’ai été convaincu de la correspondance des angles, et de cette ressemblance qu’elles ont avec les lits et les bords des rivières ; et c’est par des observations réitérées sur cette régularité surprenante et sur cette ressemblance frappante, que mes premières idées sur la théorie de la terre me sont venues. Qu’on ajoute à cette observation celle des couches parallèles et horizontales, et celle des coquillages répandus dans toute la terre et incorporés dans toutes les différentes matières, et on verra s’il peut y avoir plus de probabilité dans un sujet de cette espèce.

  1. Voyage de Dampier autour du monde, tome II, pag. 476 et suiv.
  2. M. l’abbé Dicquemare, savant physicien, a fait sur ce sujet des réflexions et quelques observations particulières, qui me paroissent s’accorder parfaitement avec ce que j’en ai dit dans ma Théorie de la terre.

    « Les entretiens avec des pilotes de toutes langues ; la discussion des cartes et des sondes écrites, anciennes et récentes ; l’examen des corps qui s’attachent à la sonde ; l’inspection des rivages, des bancs ; celle des couches qui forment l’intérieur de la terre, jusqu’à une profondeur à peu près semblable à la longueur des lignes des sondes les plus ordinaires ; quelques réflexions sur ce que la physique, la cosmographie et l’histoire naturelle ont de plus analogue avec cet objet, nous ont fait soupçonner, nous ont même persuadé, dit M. l’abbé Dicquemare, qu’il doit exister, dans bien des parages, deux fonds différents, dont l’un recouvre souvent l’autre par intervalles : le fond ancien ou permanent, qu’on peut nommer fond général, et le fond accidentel ou particulier. Le premier, qui doit faire la base d’un tableau général, est le sol même du bassin de la mer. Il est composé des mêmes couches que nous trouvons partout dans le sein de la terre, telles que la marne, la pierre, la glaise, le sable, les coquillages, que nous voyons disposés horizontalement, d’une épaisseur égale, sur une fort grande étendue… Ici ce sera un fond de marne ; là un de glaise, de sable, de roches. Enfin le nombre des fonds généraux qu’on peut discerner par la sonde, ne va guère qu’à six ou sept espèces. Les plus étendues et les plus épaisses de ces couches, se trouvant découvertes ou coupées en biseau, forment dans la mer de grands espaces, où l’on doit reconnoître le fond général, indépendamment de ce que les courants et autres circonstances peuvent y déposer d’étranger à sa nature. Il est encore des fonds permanents dont nous n’avons point parlé : ce sont ces étendues immenses de madrépores, de coraux, qui recouvrent souvent un fond de rochers, et ces bancs d’une énorme étendue de coquillages, que la prompte multiplication ou d’autres causes y ont accumulés ; ils y sont comme par peuplades. Une espèce paroit occuper une certaine étendue, l’espace suivant est occupé par une autre, comme on le remarque à l’égard des coquilles fossiles, dans une grande partie de l’Europe, et peut-être partout. Ce sont même ces remarques sur l’intérieur de la terre, et des lieux où la mer découvre beaucoup, où l’on voit toujours une espèce dominer comme par cantons, qui nous ont mis à portée de conclure sur la prodigieuse quantité des individus, et sur l’épaisseur des bancs du fond de la mer, dont nous ne pouvons guère connoître par la sonde que la superficie.

    » Le fond accidentel ou particulier… est composé d’une quantité prodigieuse de pointes d’oursins de toute espèce, que les marins nomment pointes d’alênes ; de fragments de coquilles, quelquefois pourries ; de crustacés, de madrépores, de plantes marines, de pyrites, de granites arrondis par le frottement, de particules de nacre, de mica, peut-être même de talc, auxquels ils donnent des noms conformes à l’apparence ; quelques coquilles entières, mais en petite quantité, et comme semées dans des étendues médiocres ; de petits cailloux, quelques cristaux, des sables colorés, un léger limon, etc. Tous ces corps, disséminés par les courants, l’agitation de la mer, etc., provenant en partie des fleuves, des éboulements de falaises, et autres causes accidentelles, ne recouvrent souvent qu’imparfaitement le fond général, qui se représente à chaque instant, quand on sonde fréquemment dans les mêmes parages… J’ai remarqué que depuis prés d’un siècle une grande partie des fonds généraux du golfe de Gascogne et de la Manche n’ont presque pas changé ; ce qui fonde encore mon opinion sur les deux fonds. » (Add. Buffon.)

  3. On doit ajouter à l’énumération des courants de la mer le fameux courant de Moschœ, Mosche, ou Male, sur les côtes de Norwège, dont un savant suédois nous a donné la description dans les termes suivants :

    « Ce courant, qui a pris son nom du rocher de Moschensiele, situé entre les deux îles de Lofœde et de Woerœn, s’étend à quatre milles vers le sud et vers le nord.

    » Il est extrêmement rapide, surtout entre le rocher de Mosche et la pointe de Lofœde ; mais plus il s’approche des deux îles de Woerœn et de Roest, moins il a de rapidité. Il achève son cours du nord au sud en six heures, puis du sud au nord en autant de temps.

    » Ce courant est si rapide, qu’il fait un grand nombre de petits tournants, que les habitants du pays ou les Norwégiens appellent gargamer.

    » Son cours ne suit point celui des eaux de la mer dans leur flux et dans leur reflux : il y est plutôt tout contraire. Lorsque les eaux de l'Océan montent, elles vont du sud au nord, et alors le courant va du nord au sud : lorsque la mer se retire, elle va du nord au sud, et pour lors le courant va du sud au nord.

    » Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que tant en allant qu’en revenant, il ne décrit pas une ligne droite, ainsi que les autres courants qu’on trouve dans quelques détroits, où les eaux de la mer montent et descendent ; mais il va en ligne circulaire.

    » Quand les eaux de la mer ont monté à moitié, celles du courant vont au sud-est. Plus la mer s’élève, plus il se tourne vers le sud ; de là il se tourne vers le sud-ouest, et du sud-ouest vers l’ouest.

    » Lorsque les eaux de la mer ont entièrement monté, le courant va vers le nord-ouest, et ensuite vers le nord : vers le milieu du reflux, il recommence son cours, après l’avoir suspendu pendant quelques moments…

    » Le principal phénomène qu’on y observe, est son retour par l’ouest du sud-sud-est vers le nord, ainsi que du nord vers le sud-est. S’il ne revenoit pas par le même chemin, il seroit fort difficile et presque impossible de passer de la pointe de Lofœde aux deux grandes îles de Worœn et de Roest. Il y a cependant aujourdhui deux paroisses qui seroient nécessairement sans habitants, si le courant ne prenoit pas le chemin que je viens de dire ; mais, comme il le prend en effet, ceux qui veulent passer de la pointe de Lofœde à ces deux îles, attendent que la mer ait monté à moitié, parce qu’alors le courant se dirige vers l’ouest : lorsqu’ils veulent revenir de ces îles vers la pointe de Lofœde, ils attendent le mi-reflux, parce qu’alors le courant est dirigé vers le continent ; ce qui fait qu’on passe avec beaucoup de facilité… Or, il n’y a point de courant sans pente : et ici l’eau monte d’un côté et descend de l’autre.

    » Pour se convaincre de cette vérité, il suffit de considérer qu’il y a une petite langue de terre qui s’étend à seize milles de Norwège dans la mer, depuis la pointe de Lofœde, qui est le plus à l’ouest, jusqu’à celle de Loddinge, qui est la plus orientale. Cette petite langue de terre est environnée par la mer ; et soit pendant le flux, soit pendant le reflux, les eaux y sont toujours arrêtées, parce qu’elles ne peuvent avoir d’issue que par six petits détroits ou passages qui divisent cette langue de terre en autant de parties. Quelques uns de ces détroits ne sont larges que d’un demi-quart de mille, et quelquefois moitié moins ; ils ne peuvent donc contenir qu’une petite quantité d’eau. Ainsi, lorsque la mer monte, les eaux qui vont vers le nord s’arrêtent en grande partie au sud de cette langue de terre : elles sont donc bien plus élevées vers le sud que vers le nord. Lorsque la mer se retire et va vers le sud, il arrive pareillement que les eaux s’arrêtent en grande partie au nord de cette langue de terre, et sont par conséquent bien plus hautes vers le nord que vers le sud.

    » Les eaux arrêtées de cette manière, tantôt au nord, tantôt au sud, ne peuvent trouver d’issue qu’entre la pointe de Lofœde et de l’île de Woerœn, et qu’entre cette île et celle de Roest.

    » La pente qu’elles ont lorsqu’elles descendent, cause la rapidité du courant ; et par la même raison cette rapidité est plus grande vers la pointe de Lofœde que partout ailleurs. Comme cette pointe est plus près de l’endroit où les eaux s’arrêtent, la pente y est aussi plus forte ; et plus les eaux du courant s’étendent vers les îles de Woerœn et de Roest, plus il perd de sa vitesse…

    » Après cela, il est aisé de concevoir pourquoi ce courant est toujours diamétralement opposé à celui des eaux de la mer. Rien ne s’oppose à celles-ci, soit qu’elles montent, soit qu’elles descendent ; au lieu que celles qui sont arrêtées au dessus de la pointe de Lofœde ne peuvent se mouvoir ni en ligne droite, ni au dessus de cette même pointe, tant que la mer n’est point descendue plus bas, et n’a pas, en se retirant, emmené les eaux que celles qui sont arrêtées au dessus de Lofœde doivent remplacer…

    » Au commencement du flux et du reflux, les eaux de la mer ne peuvent pas détourner celles du courant ; mais lorsqu’elles ont monté ou descendu à moitié, elles ont assez de force pour changer sa direction. Comme il ne peut alors retourner vers l’est, parce que l’eau est toujours stable près de la pointe de Lofœde, ainsi que je l’ai déjà dit, il faut nécessairement qu’il aille vers l’ouest, où l’eau est plus basse. » Cette explication me paroît bonne et conforme aux vrais principes de la théorie des eaux courantes.

    Nous devons encore ajouter ici la description du fameux courant de Charybde et Scylla, près de la Sicile, sur lequel M. Brydone a fait nouvellement des observations qui semblent prouver que sa rapidité et la violence de tous ses mouvements est fort diminuée.

    « Le fameux rocher de Scylla est sur la côte de la Calabre, le cap Pelore sur celle de Sicile, et le célèbre détroit du Phare court entre les deux. L’on entend, à quelques milles de distance de l’entrée du détroit, le mugissement du courant : il augmente à mesure qu’on s’approche, et, en plusieurs endroits, l’eau forme de grands tournants, lors même que tout le reste de la mer est uni comme une glace. Les vaisseaux sont attirés par ces tournants d’eaux : cependant on court peu de danger quand le temps est calme : mais si les vagues rencontrent ces tournants violents, elles forment une mer terrible. Le courant porte directement vers le rocher de Scylla : il est à environ un mille de l’entrée du Phare. Il faut convenir que réellement ce fameux Scylla n’approche pas de la description formidable qu’Homère en a faite ; le passage n’est pas aussi prodigieusement étroit ni aussi difficile qu’il le représente : il est probable que depuis ce temps il s’est fort élargi, et que la violence du courant a diminué en même proportion. Le rocher a près de deux cents pieds d’élévation ; on y trouve plusieurs cavernes et une espèce de fort bâti au sommet. Le fanal est à présent sur le cap Pelore. L’entrée du détroit entre ce cap et la Coda di Volpe en Calabre, paroît avoir à peine un mille de largeur ; son canal s’élargit, et il a quatre milles auprès de Messine, qui est éloignée de douze milles de l’entrée du détroit. Le célèbre gouffre ou tournant de Charybde est près de l’entrée du havre de Messine : il occasione{{{1}}} souvent dans l’eau un mouvement si irrégulier, que les vaisseaux ont beaucoup de peine à y entrer. Aristote fait une longue et terrible description de ce passage difficile. Homère, Lucrèce, Virgile, et plusieurs antres poëtes, l’ont décrit comme un objet qui inspiroit la plus grande terreur. Il n’est certainement pas si formidable aujourd’hui, et il est très probable que le mouvement des eaux depuis ce temps a émoussé les pointes escarpées des rochers, et détruit les obstacles qui resserroient les flots. Le détroit s’est élargi considérablement dans cet endroit. Les vaisseaux sont néanmoins obligés de ranger la côte de Calabre de très près, afin d’éviter l’attraction violente occasionée par le tournoiement des eaux ; et lorsqu’ils sont arrivés à la partie la plus étroite et la plus rapide du détroit, entre le cap Pelore et Scylla, ils sont en grand danger d’être jetés directement contre ce rocher. De là vient le proverbe,

    Incidit in Scyllam cupiens vitare Charybdin.
    On a placé un autre fanal pour avertir les marins qu’ils approchent de Charybde, comme le fanal du cap Pelore les avertit qu’ils approchent de Scylla. » (Add. Buff.)