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Didier, Libraire-Éditeur (p. 207-212).



HOROSCOPE.

Let not my child be a girl, for very sad is the life of Woman.
(Cooper, the Prairie.)
HOROSCOPE.


premières voix.

Que de ton col ce lien se dénoue,
Ô nouveau-né qu’attendait le trépas !…
Un sang fluide a coloré sa joue,
Dans ses poumons l’air pénètre et se joue…
Permets, ô Dieu ! qu’un jour sa voix te loue,
Qu’elle s’élève et ne s’égare pas !

deuxièmes voix.

À peine cette voix grêle
À la force de gémir !…
Voyons, créature frêle,
Que dit pour toi l’avenir ?…
« — Enfance morne et chétive ;
» Jeunesse pâle et tardive,
» Sans ébats ;
» Longs ennuis, labeurs sans trêves ;
» Pour tout bonheur quelques rêves !… »
— Tu vivras !

premières voix.

Oh ! sois docile à la fée inconnue
Qui sur ta lèvre épanchant son doux miel,
Tendre nourrice à ta plainte venue,
Te bercera de la vague à la nue,
Des bois aux monts à la cime chenue,
Des monts aux mers, et de la terre au ciel.

deuxièmes voix.

Dans tes climats, toute fée
Est habitante des cours ;
D’or et de perles coiffée,
Et couverte de velours ;
Au nom d’un pouvoir suprême,
De palais elle parsème
Son chemin ;
Toujours pompeuse et parée,
Et la baguette dorée
À la main.

premières voix.

Le luth pour toi ne sera point rebelle ;
Ne tremble pas, enfant, de le toucher,
Peut-être un jour quelqu’âme pure et belle,
Rêvant à toi, se dira : Que fait-elle ?
Et, dans la foi qu’une autre âme l’appelle,
Se lèvera soudain pour te chercher.

deuxièmes voix.

Oui ta lueur incertaine
Un moment peut éblouir ;
Mais d’une puissance vaine

Garde de te réjouir !
Malheur au cœur qui t’écoute !
À la main qui sur ta route
T’aidera !
À ton mauvais sort en butte,
Qui te soutient, de ta chute
Tombera !

premières voix.

Sans éveiller la haine ni l’envie,
Sans provoquer un regard ennemi,
Si tu prétends faire honorer ta vie,
Selon tes vœux, va, tu seras servie,
Marche sans peur ; ceux qui t’auront suivie,
Jamais en toi ne croiront à demi.

deuxièmes voix.

Tant qu’ils verseront des larmes,
Tes chants seront doux pour eux ;
Mais tu n’auras point de charmes
Pour attirer les heureux.
Aux prospérités nouvelles,
Tes amis prendront les ailes
Des oiseaux,
Fuyant tes regards plus vite
Que l’hôte des airs n’évite
Les réseaux.

premières voix.

Quand de tes jours la mourante lumière
Disparaîtra sous les sombres cyprès ;
Proche du but de ton humble carrière,

D’un œil serein regardant en arrière,
Tu la pourras contempler tout entière,
Sans peur, sans trouble, et surtout sans regrets.

deuxièmes voix.

De ton histoire accomplie,
Quand chaque page aura fui,
De vers et de blanc remplie
Comme un livre d’aujourd’hui ;
Que te vaudra d’être née ?
Car, enfant, ta destinée
La voilà ;
Tu n’as plus rien à connaître,
Rien ! si ce n’est un Peut-être,
Par-delà !…