Poésies badines et facétieuses/La famille Bonnet

LA FAMILLE BONNET.

Aux pieds d’un confesseur, un ribaud pénitent
Développait sa conscience.
« Père, — lui disait-il, — je viens bien repentant
Vous faire l’humble confidence.
Que la chair fut toujours mon péché dominant. »
« Tant pis. — dit le Pater ; — mais enfin, mon enfant,
Le temps, grâce à la Providence,
« Met fin à la concupiscence.
« Voyons à quel excès vous vous êtes porté,
Par le dérèglement trop longtemps emporté.
« N’êtes-vous pas contrit ? — Si, je le suis, mon Père !
Ah ! je ne puis assez gémir de ma misère… —
« Allons, tels sentiments montrent un vrai retour.
« Parlez donc, dites-moi vos fautes sans détour.
« Et n’oubliez surtout aucune circonstance ;
« La façon de pécher décide de l’offense.
« Continuez… » — Hélas ! mon Père, une beauté,
Que le hasard m’offrit et dont je fus tenté,

Me fit perdre en un jour toute mon innocence.
Je l’aimai, je la vis avec toute licence,
Et l’amour, dans ses bras, au fond d’un cabinet…
— Je vous entends ; son nom ? — On l’appelle Bonnet…
« Bonnet ! je la connais ; comment donc ! adultère !
« Ah ! mon fils, redoute : la céleste colère.
« Mais voyons ; que devint ce commerce odieux ?… »
— Mon Père, il fut suivi d’un plus délicieux.
Une jeune Bonnet, tendre, vive, gentille…
« Oh ! oh ! voici bien pis, quoi ! la mère et la fille !… »
— Cette jeune beauté, source de mes désirs,
Devint bientôt l’objet de mes plus doux plaisirs…
« Ah ! quel désordre affreux ! l’inceste ! l’adultère !… »
— Mon père, suspendez votre juste colère.
Je ne viens point ici vous prôner mes vertus,
Et tout ce que j’ai dit n’est encor que bibus.
Apprenez que Bonnet, chef de cette famille,
Succéda dans mon lit, à sa femme, à sa fille,
Et que son fils enfin y prit place à son tour ;
Que j’eus pour ce dernier le plus ardent amour…
« Méchant ! n’achève pas, — dit le prêtre en furie ;
« Je ne veux plus entendre une telle infamie,
« Et puisque tout Bonnet doit être ta catin,
« Tiens, bourreau, prends le mien, et remplis ton destin ! »