Petit cours d’histoire de Belgique/p11/ch2a

Maison d'édition Albert De Boeck (p. 165-167).



CHAPITRE II

Léopold ier (1831-1865).


1. Sa jeunesse. — Léopold ier naquit à Cobourg, en 1790. Engagé dans l’armée russe, il prit part à diverses campagnes contre Napoléon, et s’éleva au grade de général de cavalerie. En 1814, il entrait à Paris avec les alliés.

Son mariage avec, la princesse Charlotte d’Angleterre le rendit héritier présomptif de la couronne anglaise (1816). Mais il perdit son épouse l’année suivante.

2. Son élection. — Après avoir noblement refusé le trône de Grèce en 1830, il fut élu roi des Belges le 4 juin 1831, et solennellement inauguré à Bruxelles, le 21 juillet de la même année.

3. Campagne de 1831. — Le ier août, au milieu des fêtes données à Liège en son honneur, le roi apprit soudain que le prince d’Orange passait la frontière avec 80.000 hommes. Il prit aussitôt le commandement des volontaires. Mais l’infériorité numérique de notre armée et la conduite équivoque du général Daine permirent aux agresseurs de pénétrer jusqu’à Louvain. Le roi leur livra bataille devant cette ville avec une poignée d’hommes, en attendant l’arrivée d’une armée française, qui contraignit les Hollandais à la retraite.

À la suite de ces événements, la conférence de Londres, modifiant ses dispositions premières, y substitua le traité des XXIV articles, qui assurait au roi de Hollande une partie du Limbourg et du Luxembourg.

Guillaume d’Orange refusant néanmoins son adhésion à ces clauses favorables, une armée française expulsa les Hollandais de la citadelle d’Anvers en 1832. L’obstiné prince n’accepta le traité qu’en 1839. Les chambres belges l’adoptèrent également après, des débats orageux.

4. Administration. — « J’ai vu l’aurore du bonheur se lever sur mon pays », disait le baron Surlet de Chokier à l’inauguration de Léopold. Celui-ci, en effet, avec le concours d’habiles ministres, sut provoquer un magnifique épanouissement de toutes les ressources du pays.

a) La première législature réorganisa l’armée, institua une monnaie, et créa l’ordre de Léopold.

b) En 1834. Charles Rogier contresigna la loi qui décrétait les premiers chemins de fer du continent. Depuis lors, notre réseau ferré s’est prodigieusement développé, en même temps que se sont multipliés les canaux et les routes.

c) Une banque nationale fut créée en 1850, les octrois furent supprimés et le péage de l’Escaut racheté (1803).

d) Enfin, des mesures intelligentes élevèrent le niveau intellectuel du pays : dès 1835. s’ouvrirent deux universités de l’État à Liège et à Gand ; l’enseignement primaire fut organisé par la loi de 1842, et l’enseignement moyen par celle de 1850.

5. Popularité du roi. — Aussi des liens de sincère affection unirent bientôt la dynastie et le peuple. Ces sentiments se traduisirent en manifestations éclatantes : en 1848, époque troublée ; en 1850, à la mort de la reine Marie-Louise, l’Ange tutélaire de la Belgique ; — en 1856, pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de l’inauguration du roi.

La mort de Léopold ier, le 10 décembre 1865. fut l’occasion d’un deuil national.

Bruxelles, Anvers, Mons et Namur ont élevé des statues au Père de la Patrie.