Peter McLeod/11

(p. 111-123).


— XI —


Quel dommage qu’on ne puisse à son gré plonger dans les événements du passé et jeter la lumière sur certains d’entre eux ! Que de types étranges on pourrait faire revivre dont nous ne pouvons que deviner ou imaginer quelques traits ! Que de faits singuliers, bizarres, on découvrirait au fond des âges ! Quelle tristesse de voir les auteurs de certains récits qui nous sont parvenus de la nuit profonde des temps, s’étendre complaisamment sur des banalités et glisser sur ce qui aurait dû être profondément suggestif !… On voit passer une ombre, comme un fantôme : un visage grimaçant s’ébauche : et c’est tout. Quelquefois, on frôle un mystère qui ne sera jamais percé…

Ce qu’elle devrait en receler de ces mystères, cette contrée sans mesure que dessine le bastion méridional de la Baie d’Hudson, de la ligne du partage des eaux, à partir de la montagne du Cheval, jusqu’à la vallée du lac Saint-Jean, d’un côté, et les bassins des lacs Winnipeg et Nipigon, de l’autre. Territoire illimité, incommensurable, qu’alimentent des rivières qui sont des fleuves coulant de lacs en lacs, à travers des forêts sans limite !… Trois provinces de Québec dans ces sept cent mille carrés ! Et partout dans cette étendue, des bois effarants, aux innombrables fûts, splendides, supportant des âges insondables, avec leurs lourdes branches entrecroisées en voûtes, tissant le mystère en plein jour… Où vont se perdre ces rivières torrentueuses dont les eaux se ruent, toutes blanches, à travers les fouillis verts, semant ici et là, des lacs et des lacs, encore et toujours ; formidable gruyère aux yeux glauques, infinis ?…

Sauvagerie sans nom !… Elle a frémi quand même de tout temps au contact de la vie ! Des générations d’indiens s’y sont multipliées qu’ont violé des hordes de sang-mêlés, de blancs même, coureurs d’aventures, chercheurs d’or, chasseurs de bêtes ; gens de sac et de corde qui formèrent ici et là, dans ces terres sans limites, des agglomérations où se ruaient en troupeaux toute la racaille des villes du monde qui avait réussi à percer d’une fabuleuse tarière une muraille de glace et de neige derrière laquelle on luttait contre une épouvantable épopée !… Un grand monde à demi animal, hostile à l’autre, le civilisé !… Un monde terrifiant où tout est couleur de fantôme !…

Ici et là, des stations de fourrures s’élevaient aux époques où les indiens et les trappeurs descendaient du fin nord chargés de peaux de bêtes… Et voici ces postes, ces fortins entourés de campements, de “tepies” coniques, de wigwams écrasés, abris abjects où s’entassent dans une dégoûtante promiscuité, dans la saleté et les vices, une humanité douloureuse, de la chair souffrante, des cœurs ulcérés, unités de troupeaux anonymes où chaque bête se presse l’une contre l’autre, comme pour trouver la sécurité contre l’épouvante ambiante que ne réussissent pas à chasser les hordes de chiens-loups plus féroces que les bêtes qu’on va traquer au fond du nord… Misérables cabanes empuanties de la fauve senteur des déchéances humaines, où la pierre ollaire de la lampe à graisse d’ours troue la nuit de lueurs sinistres !…

À combien de drames de misère, de tragédies sanglantes a dû complaisamment se prêter ce sauvage territoire… ce désert blanc… et sale où font frissonner, et le jour et la nuit, le cri effroyable du fauve, de l’affamé, homme ou bête ; le chant farouche de la vie sauvage et désolée ?…

Si les vieilles ruines des gros postes de « l’honorable Compagnie de la Baie d’Hudson » pouvaient parler, qui s’éparpillaient, ici et là, dans le bassin de la baie, sur les bords de l’Albany et de la Churchill, de la Saskatchewan et du grand lac Mistassini !…

Que de sombres récits ! que de fantastiques légendes !… Mais toutes cette formidable sauvagerie garde farouchement son secret et refuse de révéler ses ténébreux mystères. À peine, ici et là, quelques vagues traditions sont-elles parvenues à nos oreilles de civilisés…

Le Poste de l’Ashuapmouchouan était comme celui de la Métabetchouan un poste sans traditions, simple endroit d’échange de fourrures avec les sauvages. De vagues légendes voulaient bien nous faire croire que dans les temps anciens, bien avant la découverte du Péokwagamy par le Père De Quen, certains villages indiens peuplés de familles des tribus du Porc-Épis et des Attikamènes, vécurent là, comme ailleurs plus au nord, des jours tourmentés… Les sapins et les bouleaux qui entourent les ruines de ces postes, comme partout dans le bassin de la Baie d’Hudson, durent être les témoins horrifiés de sanglantes mêlées entre tribus ennemies… Mais les années ont radicalement effacé la mémoire de ces époques troublées et aucun vestige peut de nos jours offrir son témoignage de preuves. Anéantie la noire mistoufle des jours de terreur !…

Le poste de l’Ashuapmouchouan paraissait encore assez avenant voilà cent ans, avec ses maisonnettes entourées de bois, au bord de la rivière qui ne cessait jamais de gronder même sous sa carapace de glace.

Peter McLeod et Pit Tremblay y arrivèrent au coucher du soleil. Ils furent surpris du nombre de tentes et de cabanes indiennes autour de la maison de la Compagnie. À cette époque de l’année, les sauvages sont généralement dans leurs zones de chasse d’où ils ne descendent qu’au printemps.

Des chiens aboyèrent furieusement à l’arrivée des étrangers. Mais ce que remarqua surtout Pit Tremblay. c’est qu’il ne reconnaissait pas la voix hargneuse de ses huskies.

« Ça parait mal », fit-il simplement remarquer à son compagnon.

Les deux hommes étaient harassés. Ils se dirigèrent aussitôt vers le Poste où ils avaient l’intention de passer la nuit. On leur fit bon accueil. Ils eurent l’assurance d’un bon gite, engloutirent en un tourne-langue un substantiel souper qu’ils eurent soin d’arroser de larges lampées de whisky que leur servit le commis.

Peter McLeod avait décidé de ne pas faire connaître tout de suite l’objet de son voyage au nord-ouest du lac Saint-Jean. Tommy Smith pouvait bien n’être pas très loin. On prendra tout d’abord une bonne nuit de repos. Après, on verra. Aussi bien, comptait-il un peu sur le hasard.

Lestés de fèves au lard et d’un bon ragoût de lièvre, Peter McLeod et ses compagnons commençaient à causer avec les deux commis du poste quand les sauvages entrèrent dont l’un alla parler tout de suite à l’un des commis…

« Ces Messieurs » veulent vous parler, M. McLeod, fit le commis après avoir écouté, un instant, le sauvage qui semblait être le chef de la délégation.

C’était, en effet, une délégation des sauvages campés au poste. Ils avaient eu vent de l’arrivée de Peter McLeod dont ils savaient l’influence et l’emprise sur toute la région du Haut-Saguenay, aussi bien sur les blancs que sur les campements de Montagnais. Le hasard servait providentiellement ces sauvages qui ne savaient plus à qui s’adresser pour exhaler leurs griefs. On savait que Peter McLeod avait dans les veines du sang de Montagnais et qu’il s’était toujours intéressé au sort des sauvages de la contrée, ces pauvres gens qui le regardaient un peu comme l’un des leurs. À plusieurs reprises, en effet, Peter McLeod avait tiré de mauvais pas des membres de la tribu, réglé d’épineuses chicanes entre blancs et cuivrés, délimité des droits, intercédé pour des coupables. À cause de cela, on l’aimait. On savait qu’il était constamment sur pied et pour cause de son activité, les sauvages l’appelaient : « Milaupanuish »… ce qui veut dire : l’aurore du matin. Aussi bien, en toute occasion, Peter McLeod, grâce à un peu de diplomatie rendue assez facile par les circonstances des lieux où il dominait, se prêtait-il volontiers, au rôle qu’on lui imposait de conciliateur, voire de dictateur dans tout le Haut-Saguenay. Il savait profiter de tout pour occasionner ce choc psychologique que tant de gens s’efforcent sans succès de provoquer sur les simples, pour exercer cette sorte de fascination, de magnétisme. Et sa dictature réussissait à merveille.

Cette fois, que lui voulait-on ?

Les « délégués » lui apprirent, ce qu’il avait déjà soupçonné à Métabetchouan, que la tribu entière des Montagnais et des Outabitibecs était menacée de la famine, que la chasse était mauvaise, même nulle, sur d’immenses territoires. Mais la calamité menaçait non pas tant par la rareté du gibier qu’à cause des pièges tendus par les chasseurs blancs, même sur les terrains de chasse que les sauvages détenaient depuis toujours et qui leur appartenaient de par les lois de justice que leur avaient appris à respecter les « robes noires » qui, voilà bien des années, avaient évangélisé leurs ancêtres. Voilà !…

La chasse était nulle pour les sauvages dans le nord. On était donc descendu au poste avant le printemps, à une époque de l’hiver où tous les chasseurs de la tribu auraient dû être à l’affût dans les fourrés de la Mistassini, de l’Ashuapmouchouan et de la Péribonka, aussi bien que dans les plaines de la hauteur des terres.

« À quoi servent nos courses, Milaupanuish », disait le chef à Peter McLeod, « à quoi servent nos nuits passées à l’affût dans le Nord ? Le gibier appartient maintenant aux blancs qui sont mieux armés que nous, pauvres sauvages, et qui tirent les bêtes contre toutes les lois de la justice et de l’humanité… » Ici l’indien, prudent, baissait la voix, jetant de ses yeux globuleux emprisonnés sous ses lourdes paupières, des regards de méfiance aux deux commis de la Compagnie qui ne l’écoutaient pas, d’ailleurs, dormant à demi, la tête sur le comptoir…

« Nous n’avons donc plus, ô Milaupanuish, qu’à nous laisser mourir de faim, nous, nos femmes et nos enfants, si l’on ne vient pas à notre aide, comprends-tu ? Tu ne passerais pas une lune dans nos terres que tes entrailles seraient secouées comme des taillis sous le vent du nord, devant la misère de nos familles ! C’est terrible, tu sais ! Dans nos cabanes on gémit sans cesse, lamentablement. Rien à manger, entends-tu ? Ceux qui ne peuvent pas partir dans le bois, pensent à peine à entretenir les feux. Depuis Manouan, là-bas, au nord, jusqu’ici, notre vie s’est rétrécie de tout ce qui l’entoure. Les hommes forts sont devenus faibles et les faibles succombent. Entends-tu, Milaupanuish. c’est terrible, terrible !… Nous, les chasseurs, jadis solides comme des chiens, nous ne rapportons plus de nos courses que de coriaces gibiers qui ne valent rien. Crois-nous, il y aura de grands drames dans la forêt si ceux qui ont été chargés de veiller sur la vie ne viennent pas à notre secours, et toi seul, ô Milaupanuish. peut bien dire aux gens des gouvernements que les pauvres sauvages du lac Peokwagamy vont être réduits bientôt, pour manger, à faire bouillir le cuir de leurs mocassins et les lanières de leurs raquettes. Je sais que tu auras pitié de nous, Milaupanunsh. J’ai dit… »

Un rictus de mélancolie fendait la face camuse de cet orateur des bois et plissait ses épaisses paupières. Son nez minuscule disparaissait entre ses grosses joues de poupard couleur de cuir. Peter McLeod avait attentivement écouté le sauvage. Cet amer poème de la vie misérable des siens l’avait sensiblement ému. Il regarda longtemps avec mélancolie les Montagnais qui s’étaient assis à croupeton, impassibles, dans un coin de la pièce. Pour l’instant, les deux commis s’occupaient à de menus travaux derrière le comptoir, rangeant diverses marchandises. Pit Tremblay fumait béatement sa pipe. À côté du poste, dehors, un accordéon gémissait un air nostalgique.

Peter McLood fit quelques pas dans la pièce, puis s’approcha de la fenêtre. Son regard sembla tout à coup plongé au loin dans la forêt, commencement du nord redoutable qu’il imagina grouillant de pauvres gens se tordant dans les affres de la faim. Il se représenta des steppes et des montagnes, des plaines arides, balayées par les bourrasques, parsemées de pièges vides pendant que des bêtes fuient, affolées, les armes meurtrières des blancs : l’abomination de la désolation durant des milliers de milles de forêts impénétrables !…

Il s’approcha davantage de la fenêtre et se mit à contempler avec amertume la sauvage splendeur du paysage ambiant. Le jour s’était peu à peu transformé en crépuscule, puis, la nuit était venue : une nuit profonde où passait l’errance des étoiles. La lune brillait avec sérénité dans le beau ciel nocturne. Devant ses yeux, le petit bourg volant se dressait en un groupe de constructions spectrales et, plus loin, s’érigeait vaguement la ligne noire de la forêt repliée sur elle-même dans un silence impressionnant… Tout à côté, l’accordéon geignard ahanait toujours le même nostalgique motif. Des chiens jappaient comme en un rêve de chasse…

Peter McLeod, rude, sauvage, tout en fer, cœur et volonté, est-il insensible à la beauté de la terre ? Sa poésie lui est-elle inconnue ? Malgré lui, va-t-elle percer cette rude écorce pour trouver le chemin de son âme ?… A-t-il jamais eu un cœur ?…

Accroupis, nouveaux sphinx de bronze, les sauvages le regardaient de leur gros yeux sombres… Une étoile filante enjamba le gouffre du ciel. Elle sabra l’air d’un coup de pinceau lumineux, décrivit un arc immense et s’abîma derrière la forêt. Peter McLeod tressaillit. En ce moment il sentit dans ses veines le sang de ceux qui pendant des siècles ont contemplé comme lui, ce soir, ces splendeurs du monde et qui a chaque phénomène ont attaché une signification… La tradition est en lui. Sa croyance, oubliée, était naguère naïve, mais absolue. Elle lui revint, un instant, du fond de ses jeunes années… Mais ce n’est pas lui qui s’embarrassera de théories compliquées demandant à son esprit le pourquoi des choses. Il leva les yeux. Le firmament ressemblait à une voûte radieuse, d’où une pluie d’or descendait, pétales effeuillées, par des mains divines : la neige en était jonchée.

La palabre du chef Montagnais l’avait sensiblement touché. On attendait de lui de grandes choses. La confiance de ses demi-congénères l’émouvait. Il aurait une mission à remplir ?… Mais qu’était-il venu faire en ces solitudes, si loin du champ de ses opérations journalières ?… Trouver Mary Gauthier… Sans doute, c’est une belle action qu’il a voulu tenter. N’avait-il pas solennellement promis, juré de veiller sur la jeune fille ? Son honneur est engagé. Et voici qu’une occasion se présentait de faire coup double dans le champ de la charité humaine, de faire plus grand, de monter plus haut dans le chemin de l’honneur… Une occasion de montrer qu’il a dans la poitrine un cœur et non une pierre, comme on le lui a fait savoir souvent. Et ces pauvres êtres qui étaient là, attendant ce qu’il allait faire et dont il avait du sang dans les veines, que lui demandaient-ils ? De les sauver, quoi !

Les hommes ne trouvent pas tous, le matin, à leur réveil, l’occasion de se révéler ce que la Providence a voulu qu’ils soient. On se forge lentement un corps, un esprit, un caractère et, après bien des attentes, une minute arrive où l’on a la permission d’exercer ces belles armes-là…

Peter McLeod agira. Il sera l’interprète auprès des puissances du jour, de tous ces pauvres gens qui lui demandent protection. Pour eux souvent, comme pour tous les autres, depuis qu’il exerce sa dictature sur tout le Haut-Saguenay pour les Canadiens, les Écossais, les Irlandais qu’il a à son service, il s’est montré très dur. Il ne croit pas avoir jamais été injuste… Que diable, ne faut-il pas qu’il y ait toujours un dompteur et des domptés ?

Alors, joyeux dans sa poitrine, son cœur se mit à chanter comme un oiseau dans sa cage. Un instant, il fut comme fier de lui, et il fit le paon qui vient de se découvrir une plume nouvelle. Il savoura avec délice la minute qui s’offrait… Un sentiment subit de piété lui traversa les entrailles pour ces hommes stupides. Mais c’est étonnant comme il est difficile parfois de trouver des choses à dire !… Sa réserve prit fin. Il se retourna. Les sauvages, toujours accroupis, lourds et tranquilles, dans leur coin, lui sourirent stupidement. Il passa rapidement une main dans sa chevelure d’ébène qu’il mit dans un désordre incroyable…

« Que mes frères soient tranquilles ! » Dans sa voix vibrait une émotion anormale. « Mes frères savent qu’il m’est impossible de faire revenir le gibier sur leurs terrains de chasse et d’en interdire l’accès à mes autres frères les blancs… Mais les lois sont faites pour les sauvages comme pour les autres, et c’est Milaupanuish qui ira, là-bas, dans la grande ville qui s’étend à l’ouest et demandera à celui qui représente chez nous, le souverain de notre pays, de faire passer des lois qui empêcheront mes frères les Montagnais de rentrer de leurs chasses les mains vides dans leurs wigwams… Quand la neige aura disparu, vous autres, tâchez de rassembler trois de vos chefs les plus âgés et envoyez-les à Chicoutimi où ils me trouveront. Avec eux, votre grand frère se rendra dans la grande ville pour parler au gouverneur du pays. J’ai dit… Toi, mon frère le chef, approche…

Le sauvage qui avait transmis à Peter McLeod les plaintes de ses frères s’avança. Peter McLeod lui remit entre les mains une somme de cent dollars — tout l’argent qu’il avait apporté — en lui faisant comprendre d’acheter pour ses congénères les plus dénués la nourriture nécessaire d’ici le printemps.

Et dans ce don royal, Peter McLeod mit tout son cœur… Comme une brusque rafale sur un lac de montagnes, les mille rides d’un large sourire traversèrent la face de cuir des sauvages qui sortirent en faisant force gestes de remerciements et d’amitié… Des grimaces que des années de vent du nord avaient sculptées sur leur visage marron.

La porte, un instant ouverte, fit pénétrer dans la pièce une vague de froid à fouetter des anges du désir brutal d’innombrables verres d’eau de feu :

« Vite, un whisky, vieux !… hurla Peter McLeod, s’adressant aux commis. Puis, se tournant du côté de Pit Tremblay qui dormait comme un sourd, la tête appuyée au mur : « Tu sais, mon vieux, devant les sauvages, il faut pas parler de ça !… »

Un des commis sortit de derrière le comptoir une bouteille dont il remplit des verres. D’un coup sec, Peter McLeod, à la façon d’un mineur californien, lança l’alcool au fond de son gosier.

« On en viderait une cruche, hein… Pit ?

— Oui, mais on en a pas une cruche, » dit assez timidement le commis serveur qui montra la bouteille passablement entamée : … « Vous voyez, on n’a plus qu’ça ! C’est ce sacré Tommy Smith qui, l’autre jour, a apporté la cruche à Matébetchouan…

— Comment !… Tommy Smith… à Métabetchouan !…

— Mais oui… c’est lui qu’est commis au poste… à Métabetchouan…

Les yeux de Peter McLeod brillèrent d’une lueur fauve… et tout d’une traite il dévida un chapelet d’imprécations variées concernant la situation sociale, filiale et conjugale de Tommy Smith…

« Blasphème !… se contenta de gueuler l’homme aux huskies.