Pandore ou les deux gendarmes

La Chanson française du XVe au XXe siècle, Texte établi par Jean Gillequin, La Renaissance du livre (p. 276-277).


PANDORE OU LES DEUX GENDARMES


Deux gendarmes, un beau dimanche,
Chevauchaient le long d’un sentier.
L’un portait la sardine blanche,
L’autre le jaune baudrier.
Le premier dit, d’un ton sonore :
« Le temps est beau pour la saison.

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


Phœbus au bout de sa carrière
Put encor les apercevoir.
Le brigadier d’une voix claire
Troubla le silence du soir :
« Vois, dit-il, le soleil qui dore
Les nuages à l’horizon.

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


« Ah ! c’est un métier difficile,
Garantir la propriété,
Défendre les champs et la ville
Du vol et de l’iniquité.
Pourtant l’épouse que j’adore
Repose seule à la maison.

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


« Il me souvient de ma jeunesse.
Le temps passé ne revient pas :
J’avais une folle maîtresse
Pleine de mérite et d’appâts ;
Mais le cœur, pourquoi, je l’ignore,
Aime à changer de garnison.

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


« La gloire, c’est une couronne
Faite de rose et de lauriers.
J’ai servi Vénus et Bellonne :
Je suis époux et brigadier.
Mais je poursuis ce météore
Qui vers Colchos guidait Jason.

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


Puis ils rêvèrent en silence,
On n’entendit plus que le pas
Des chevaux marchant en cadence.
Le brigadier ne parlait pas.
Mais quand revint la pâle aurore
On entendit un vague son :

— Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison. »

bis.


Gustave Nadaud.

(Extrait des Nouvelles Chansons, P.-V. Stock, Éditeur, Paris.)