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14 SULLY PRUDHOMME

soudain les images se lèvent et fournissent une traduction plastique, et ces images sont si belles, si multiples, si spontanément génératrices les unes des autres que leur déroulement seul est un charme. Trop souvent Hugo se contente de cet exposé pittoresque. La ronde des images entretient en lui une sorte d'agitation cérébrale qu'il prend pour de la recherche. Hugo s'efforce de penser : en fait il contemple les métaphores qu'il évoque. Il s'enivre de ces apparitions fantas- tiques, et le lecteur, à la fois ravi et déçu par tant de tableaux, assiste à la fuite de la conclusion dérobée sous un brillant nuage.

Est-ce à dire que les poètes romantiques ne pensent jamais? Vais-je reproduire les ironies des lettrés sur Jocrisse au cap Sunium? J'aime mieux me rappeler qu'un grand philosophe, Renouvier, a pu écrire un livre vigoureux et plein sur la phi- losophie de Victor Hugo. Ce que je veux dire, c'est que la philosophie des romantiques est l'épa- nouissement de leur sensibilité, parce qu'elle est imposée par cette sensibilité même. Ils croient penser et se détacher d'eux-mêmes et considérer attentivement l'énigme de l'univers. En fait ils s'expriment avec la complicité des formes de la