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198 SULLY PRUDHOMME

entre elles. » Le livre de Sully Prudhomme adresse un aussi pressant appel aux moralistes et aux savants. Ils ne doivent plus élaborer leur œuvre dans l'indépendance d'une solitude ombra- geuse. Il est nécessaire qu'ils se rapprochent. Le moraliste doit être un savant, et le grand savant doit tirer de son labeur les conclusions sur la vie morale des hommes. Ni la noblesse de la morale ni la sévérité de la science ne seront compromises dans ces féconds -rapprochements. La vérité n'a pas à redouter les reproches de la vertu et de la beauté. L'art et la morale ne seront pas corrompus par le contact de la vie. Au fond du creuset de la vie, on trouve les énergies initiales d'où sortent toutes les manifestations de l'existence. La vérité et la beauté sont des forces naturelles, et le mora- liste et le savant ne peuvent plus méditer sur des plans parallèles, comme des adversaires séparés par un gouffre insondable.

Comprenons la leçon qui sort de ces livres. L'observatoire humain est obligé de se déplacer. Au lieu de le fixer dans la pensée de l'homme, il faut le transporter à travers la nature et rattacher l'effort humain aux énergies naturelles. La péda- gogie humaniste, qui s'appuyait sur les leçons de