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LA FÉE AMOUREUSE

milliers d’astres, chacun mille fois plus brillant que notre soleil.

Le lendemain, elle descendit au jardin et se perdit sous une allée. Elle rencontra un guerrier, le salua et allait s’éloigner, lorsqu’elle lui vit dans la main la tige de marjolaine baignée de larmes, et voilà qu’elle reconnut encore Loïs à la voix douce, qui venait de rentrer au château sous un nouveau déguisement. Il la fit asseoir sur un banc de gazon, auprès d’une fontaine. Ils se regardaient tous deux, ravis de se voir en plein jour. Les fauvettes chantaient, et l’on sentait dans l’air que la bonne fée devait rôder par-là. Je ne te dirai pas toutes les paroles qu’entendirent les vieux chênes discrets ; c’était plaisir de les voir bavarder si longtemps, si longtemps qu’une fauvette qui se trouvait dans un buisson voisin, eut le temps de se bâtir son nid.

Tout à coup les pas lourds du comte Enguerrand se firent entendre dans l’allée. Les deux pauvres amoureux tremblèrent. Mais l’eau de la fontaine chanta plus doucement, et Amoureuse sortit, riante et empressée, du flot clair de la source. Elle entoura les amants de ses ailes, puis glissa légèrement avec eux, passant à côté du comte, qui fut fort étonné d’avoir ouï des voix et de ne trouver personne.

Elle berce ses protégés, et va, leur répétant tout bas :

— Je suis celle qui protège les amours, celle qui ferme les yeux et les oreilles des gens qui n’aiment plus. Ne craignez rien, beaux amoureux : aimez-vous