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VOYAGES DES PÈLERINS BOUDDHISTES.

et d'étain. Le climat est doux ; les mœurs sont pures et honnêtes ; l’écriture a été empruntée à l’Inde, mais avec quelques modifications. Les musiciens de ce pays effacent ceux des autres royaumes par leur talent sur la flûte et la guitare. Les habitants s’habillent d’étoffes de soie brochée ou de laine grossière. Ils coupent leurs cheveux ras et portent des bonnets. Dans le commerce, ils font usage de monnaies d’or et d’argent et de petites pièces de cuivre. Le roi actuel est de la race de K’iu-tchi[1]. Il a peu de prudence et de capacité, et se laisse dominer par des ministres puissants. Ordinairement, lorsqu’un enfant vient au monde, on lui aplatit la tête en la pressant avec une planchette[2].

Il y a une centaine de couvents où l’on compte environ cinq mille religieux de l’école Choue-i-tsie-yeou-pou (ou des Sarvâstivâdas), qui se rattache au petit Véhicule. Ils ont emprunté à l’Inde les instructions sacrées et les règles de la discipline, et les lisent dans les textes originaux. Ils estiment surtout la doctrine graduelle et se nourrissent des trois aliments purs[3]. Ils tiennent une conduite chaste et sévère, et se livrent, à l’envi, à la pratique des œuvres méritoires.

Au nord d’une ville qui est située sur les frontières orientales du royaume, il y avait jadis, devant un temple des dieux, un grand lac de dragons (Nâgahrada). Les

  1. C'est-à-dire, est de la même race que les indigènes de K’iu-tchi.
  2. Voyez M. Reinaud, Relation des voyageurs arabes dans l'Inde et la Chine, L. I, p. 119, et L. II, p. 51.
  3. Voir plus haut, p. 2, note 2, et p. 3, note 1.