Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/98

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dences, et où le moindre détail lui était familier. La lumière des lampes tamisée par les abat-jour, les tentures aux tons effacés, les pâles fleurs de printemps, éparses çà et là dans les verres de Venise et les coupes de vieux Sèvres, évoquaient en elle par contraste, et sans qu’elle pût s’en expliquer la raison, le souvenir de la pièce où elle avait passé tant de soirées au début de son premier mariage. Dans celle-ci c’était une débauche de meubles de palissandre et de fauteuils capitonnés. Au-dessus de la cheminée, un tableau représentant une paysanne romaine, et entre les portes qui ouvraient à deux battants sur le salon du fond, une statue d’esclave grecque. C’était une pièce dans laquelle Julia s’était toujours sentie de passage, comme un voyageur dans une gare de chemin de fer, et voici que subitement, dans ce cadre même qui répondait si bien à ses plus profondes affinités, dans ce cher salon pour lequel elle avait quitté l’autre, elle se sentit tout aussi dépaysée et étrangère. Les étoffes, les fleurs, les tons adoucis des vieilles porcelaines, semblaient ne représenter qu’un raffinement superficiel et absolument en dehors des choses réelles et profondes de la vie.

Tout à coup, elle entendit son mari répéter sa question.