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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/43

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Les joues de Le Fanois s’inondèrent de sang.

Elle continuait à l’envisager avec ses yeux profonds et tendres, qui semblaient chercher à deviner ce qui se passait en lui. Puis, comme il se taisait toujours, et restait appuyé contre la cheminée, sans faire mine de s’approcher d’elle, elle pâlit subitement et se leva.

— Je vois que vous l’avez oubliée en effet ; tant pis ! dit-elle en s’efforçant de prendre un ton enjoué, que démentaient ses pauvres yeux subitement voilés de larmes.

Le Fanois, au son de sa voix, se retourna brusquement, et s’avançant vers elle, lui saisit les poignets d’un geste violent et passionné.

— Non, non, je ne l’ai pas oubliée, je ne l’ai pas oubliée ! s’écria-t-il, en l’attirant vers lui.

Elle eut un petit cri d’effarement joyeux ; puis, au moment où elle allait céder à son étreinte, elle le regarda de nouveau et se jeta en arrière en le repoussant de toute la force de ses bras raidis.

— Mais qu’avez-vous, qu’avez-vous donc ? dit-elle d’un ton d’épouvante.

Le Fanois lui tenait toujours les poignets serrés entre ses doigts crispés, et ils restèrent ainsi, un instant, les yeux dans les yeux.