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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/362

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les rochers ; mais comme il atteignait le fond du ravin, le son du plain-chant vint jusqu’à lui, et il sut que les pèlerins n’étaient pas loin. Son cœur bondit et ses pieds se hâtèrent mais pour s’arrêter soudain au bord du ruisseau, car, dans un retour où l’eau dormante avait encore quelque profondeur, il vit luire un corps de femme, et, sur la berge, gisaient la bure et les sandales de la femme sauvage !

La peur et la colère s’emparèrent du cœur de l’ermite, et il demeura comme frappé de mutisme, se couvrant les yeux, de honte. Cependant le chant des pèlerins s’enflait, plus clair, plus proche, et il cria furieusement à la femme sauvage d’avoir à sortir de l’eau et à se cacher.

Elle ne répondit pas, mais dans la pénombre il vit ses membres ondoyer avec l’ondoiement de l’eau, tandis que ses yeux étaient tournés vers lui comme en dérision. Rempli de rage, il enjamba les pierres, jusqu’à la berge, se pencha et saisit la femme par l’épaule. À ce moment, il l’eût étranglée de ses mains, tant le contact de sa chair le remplit d’horreur. Mais cependant qu’il l’accablait des plus cruelles injures, il vit qu’elle le fixait avec des yeux sans regard, et soudain il connut qu’elle était trépassée. Alors, au milieu de sa colère et de sa