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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/344

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dis que cet appétit pour une des pires complaisances charnelles est à mettre au même degré que la concupiscence ou l’adultère. » Et elle ordonna que je dorme chaque nuit, pendant un mois, dans mon cilice, avec un voile sur le visage.

Eh bien, mon père, je crois que ce fut telle pénitence qui me conduisit au péché. Car nous étions à la canicule, et ceci passait ce que la chair peut endurer. Et la troisième nuit, après que la tourière eut fait sa ronde et que toute lumière fut éteinte, je me levai, jetai bas robe et voile, et je m’agenouillai défaillante à la fenêtre. Il n’y avait pas de lune, mais le ciel était rempli d’étoiles. À première vue, le jardin n’était qu’ombre, mais à mieux regarder, je perçus un scintillement léger entre les troncs des cyprès : je connus que c’était la lueur des étoiles reflétée dans le bassin. L’eau, l’eau était là, tout près de moi, séparée de moi seulement par quelques verrous…

La tourière avait le sommeil profond et je connaissais l’endroit où elle mettait ses clefs. Je m’y glissai, je pris les clefs, et, pieds nus, suivis le long corridor. Les verrous de la porte du cloître étaient durs et pesants, je les tirai à me rompre les poignets. Puis la clef tourna et cria dans la serrure. Je restai immobile, toute