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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/340

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telle la sainte religieuse Sylvie, de ne toucher à l’eau que pour se laver l’extrémité des doigts au moment de recevoir le saint sacrement. En présence d’un semblable exemple, les nonnes étaient tenues de se conformer à cette pieuse règle, et nombre d’entre elles, élevées au couvent dès le jeune âge, professaient de l’horreur pour toute ablution, et n’éprouvaient nul désir de débarrasser leur corps de sa malpropreté. Mais pour moi, accoutumée au bain de chaque jour, je conservais dans mes veines la fraîcheur de l’eau et dépérissais lentement de sa privation ; tel ton jardin pendant la sécheresse.

Ma cellule ne donnait pas sur le jardin, mais sur un abrupt sentier au flanc de la montagne, où tout le long du jour le soleil semblait frapper comme avec un fléau de feu. Et je voyais les paysans en sueur aller et venir, peinant derrière leurs mules altérées, tandis que les mendiants geignaient en grattant leurs ulcères.

Combien je détestais porter mes regards sur cet univers ardent. Je me détournais, le cœur soulevé de répulsion et étendue sur mon grabat, je regardais au plafond pendant des heures entières. Mais les mouches y couraient par centaines, et leur bouillante rumeur était pire que l’éblouissement auquel je cherchais à me soustraire. Parfois, aux heures où je savais ne pas