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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/320

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des dragons à méchante figure, des reptiles énormes, des sangliers ailés et hirsutes, troupeau diabolique qui descend la nuit des façades et poursuit à travers la ville l’âme des petits enfants pêcheurs.

Avec les progrès de l’œuvre du peintre, les anges au brillant harnois foisonnaient autour du lit de l’enfant, en rangs si compacts qu’au travers de leurs ailes entre-croisées il n’y avait plus place pour que mufle ou griffe pût passer. Et lui avec un soupir se retournait sur l’oreiller qui semblait doux et tiède, à le croire gonflé du duvet de ces ailes tutélaires.

Tous ces souvenirs lui revenaient à la mémoire dans sa caverne à flanc de coteau. Le silence semblait l’investir de ses ailes, comme pour l’abriter contre la vie et le péché.

Jamais ne se sentait-il inquiet ni mécontent. Il goûtait les longues journées silencieuses et vides, pareilles l’une à l’autre comme les perles d’un collier. Il chérissait plus que tout la pensée que le temps ne lui ferait pas défaut pour sauver son âme.

De son âme grand souci lui était venu depuis le jour où un cortège de flagellants avait passé par la ville, faisant étalage de corps émaciés, striés par la discipline, exhortant le peuple à bannir les vains ornements, la bonne chère, le