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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/312

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placer le chevalet et à me mettre au travail.

Stroud n’était mort que vingt-quatre heures auparavant, de la rupture d’un anévrisme qui avait laissé le visage intact et sans trace de souffrance. Je l’avais rencontré une ou deux fois dans ma vie, et il m’avait paru plutôt insignifiant. Mais je vis maintenant qu’il était superbe. J’en fus heureux d’abord au point de vue esthétique, heureux d’avoir un tel « sujet » à traiter. Puis, comme je me mettais au travail, j’eus subitement l’étrange impression que Stroud était encore en vie ! Je commençai à esquisser sa tête, et je sentis son regard qui s’appuyait sur moi… Alors je me demandai : « S’il m’observait vraiment, que dirait-il de ma manière de travailler ? » Cette pensée était tellement obsédante que mes traits devinrent hésitants. J’étais de plus en plus nerveux et indécis…

Une fois, en levant la tête, je crus le voir sourire dans sa barbe grise, comme s’il eût possédé un secret qu’il s’amusait à me cacher. Ceci m’exaspéra encore davantage.

Son secret ? Mais j’en avais, moi, un secret qui valait mille fois mieux que le sien ! Je me mis à l’ouvrage avec rage, et j’essayai quelques-uns de mes coups d’audace ; je les « ratai » tous. Je vis bien qu’il ne regardait pas ces