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Manara au dernier assaut, et se précipiter, sabre au clair, contre les grilles ; mais, au moment où celles-ci cédèrent devant la fougue impétueuse des nôtres, le comte était tombé et avait disparu, entraîné sans doute par le flot des paysans qui se réfugiaient dans la ville. Puis nous ne sûmes plus rien. Il y eut dans Milan un affreux carnage, et personne ne sut combien de nos amis se trouvaient parmi les corps mutilés par les sabres croates.

À la villa, nous attendîmes avec angoisse ; les nouvelles nous parvenaient d’heure en heure.

Le 23, Radetsky avait fui de Milan pour se tourner contre Venise qui se dressait en face de lui. Le 24, les premiers Piémontais avaient traversé le Ticino et Charles-Albert lui-même était parvenu à Paris le 29. Les cloches de Milan avaient porté le mot de Turin à Naples, de Gênes à Ancône, et tout le pays se déversait comme une marée sur la Lombardie. Les héros sortaient de ce sol ensanglanté comme le blé sort de terre après les pluies printanières ; et chaque jour un nom nouveau était répété de bouche en bouche ; mais ce n’était jamais le nom de celui dont nous attendions si impatiemment le retour, et pour lequel nos prières s’élevaient vers le ciel.

Les semaines passèrent ; on parla des victoires