Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/278

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mêmes, comme le seraient des parents qui s’attendent à hériter. Donna Marianna, un voile noir sur la tête et le visage abîmé par les larmes, alla s’effondrer près d’eux ; Roberto me reçut avec calme, puis se tourna vers sa sœur.

— Allez chercher ma femme, dit-il.

Pendant son absence personne ne parla, et nous entendîmes distinctement le frais murmure de l’eau dans la fontaine du jardin, et le bruit des rats dans le mur. Andrea et sa femme regardèrent par la fenêtre, et Roberto s’assit dans le fauteuil sculpté de son père. Puis la porte s’ouvrit et livra passage à Faustina.

J’eus le cœur serré en la voyant. Ce n’était plus que l’ombre d’elle-même et elle nous regardait sans nous voir. Conduite à une chaise par Marianna, elle croisa les mains et fixa ses yeux mornes sur son mari. Je les observais alternativement, éclairés par cette lumière spectrale du jour naissant, et il me semblait que nous étions autant d’âmes dépouillées de notre enveloppe et réunies devant Dieu comme pour un suprême jugement. Quant à l’acte auquel j’avais été contraint par la force, j’en étais à peine conscient. J’éprouvais seulement un sentiment de peur qui m’étouffait à un tel point que j’avais la sensation physique d’un homme qui se noie.