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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/270

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Il me regarda gravement :

— Si je reviens.

— Roberto !

— Nous sommes des hommes, Egidio, nous savons tous deux ce qui va se passer. Milan est déjà cerné et on dit que Charles-Albert se met en marche. Cette année, en Italie, les pluies du printemps seront des pluies de sang !

— En votre absence, répondis-je, pas un souffle ne l’effleurera !

— Et si je ne reviens jamais pour la défendre ? Andrea et Gemma ont pour elle une haine implacable, Egidio ! Ils ne cessaient de répéter : « Il est de son âge, et la jeunesse appelle la jeunesse. » Elle est sur leur chemin, Egidio !

— Réfléchissez, mon fils. Ils ne l’aiment pas, peut-être, mais pourquoi la haïraient-ils à ce point ? Elle ne vous a pas donné d’enfant.

— Pas d’enfant !

Il se tut.

— Mais si. Elle a été souffrante ces temps-ci, s’écria-t-il, frappé d’une idée soudaine.

— Roberto ! Roberto ! suppliai-je.

Il se leva et saisit mon bras.

— Egidio, vous avez foi en elle ?

— Elle est pure comme le lis sur l’autel !