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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/263

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Roberto et sa sœur s’étaient confessés la veille : la comtesse Faustina avait encore trouvé un prétexte pour n’en pas faire autant. Je ne l’avais pas vue chez le comte, mais en quittant la maison je la rencontrai dans l’allée de lauriers. Par cette matinée froide et humide elle avait mis un voile noir sur sa tête, et elle marchait d’un pas nonchalant. À mon approche, elle leva vivement la tête et me fit signe de la suivre dans un des bosquets de lauriers taillés qui bordaient l’allée.

— Don Egidio, dit-elle, vous avez appris la nouvelle ?

Je fis un signe d’assentiment.

— Le comte part demain pour Milan, continua-t-elle.

— Cela paraît probable, Excellence ; on se battra demain, — je veux dire que nous sommes à la veille de la guerre. Nous sommes entre les mains de Dieu, Excellence.

— Entre les mains de Dieu ? murmura-t-elle.

Ses yeux errèrent dans le vague, et nous demeurâmes tous deux silencieux ; puis elle tira une bourse de sa poche.

— J’oubliais, s’écria-t-elle. Ceci est pour cette pauvre fille dont vous m’avez parlé l’autre jour… Comment s’appelait-elle donc — cette