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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/255

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causer plutôt à travers une grille de couvent qu’autour de l’âtre ; mais si Roberto avait demandé à Faustina plus qu’elle ne pouvait donner, extérieurement au moins c’était une épouse modèle. Elle me choisit aussitôt pour confesseur et je veillai sur ses premiers pas dans la vie. Jamais sœur cadette ne fut plus tendre pour son aînée qu’elle pour Donna Marianna ; jamais jeune femme ne fut plus fidèle à ses devoirs religieux, meilleure pour ses inférieurs, plus charitable pour les pauvres ; et cependant vivre auprès d’elle, c’était vivre dans une pièce aux volets clos. Malgré toute la tendresse de Roberto, c’était toujours l’oiseau en cage, la fleur transplantée. Donna Marianna fut la première à s’en apercevoir.

— Cette enfant a besoin de plus de soleil et de plus d’air, dit-elle.

— Du soleil ? De l’air ? répéta Roberto. Ne sort-elle pas chaque matin pour aller à l’église ? Ne fait-elle pas chaque après-midi sa promenade en voiture au Corso ?

Donna Marianna n’était sûrement pas d’une intelligence transcendante, mais il y avait dans son cœur plus de sagesse que dans la tête de bien des femmes.

— À notre âge, mon frère, la vie est comme une pièce située au nord et dont les fenêtres