Ouvrir le menu principal

Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/246

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vraies raisons pour ne pas se marier. « Un homme, me dit-il, ne prend pas de femme et ne se réjouit pas tandis que sa mère agonise. » Or, l’Italie, sa mère, était à la mort, environnée de vautours étrangers.

Vous êtes trop jeune, mon fils, pour savoir ce qu’ont été ces jours ; et, ceux-là seuls qui les ont traversés peuvent le comprendre. L’Italie se mourait, en effet, mais la Lombardie, c’était son cœur, et ce cœur battait encore, refluant vers ses extrémités, déjà sans vie, le peu de sang qui lui restait. Ses bourreaux, las de leur œuvre, l’avaient abandonnée à une morne torpeur, mais, au moment où elle s’endormait dans la mort, le ciel lui envoya Radetsky pour la ramener brutalement à la vie, et au premier coup de verge qu’il lui donna elle se redressa sur ses pieds, mutilée mais debout.

Ah ! les tristes temps, mon fils ! Le nom de l’Italie était sur nos lèvres, tandis qu’au fond de notre cœur, c’était surtout à l’Autriche que nous pensions. Nous appelions à grands cris la liberté, l’unité, le droit de vote ; mais en vérité, nous ne rêvions que de chasser l’Autrichien.

Nous autres prêtres du Nord, nous étions tous des libéraux et nous partagions les idées politiques des nobles et des gens de lettres. Le livre de Gioberti était notre bréviaire, et Sa