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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/245

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demandait deux sous et qui s’écria : « Hélas ! mon frère, je n’ai pas deux sous dans ma bourse, mais voici à leur place deux pièces d’or, si elles peuvent vous être utiles. » Nous eûmes de longues conférences sur la condition de ses gens, et il m’envoya souvent au fond de la vallée pour examiner de près les besoins de la population qui se trouvait sur ses terres. Aucun grief ne passait pour lui inaperçu, aucun abus ne lui semblait indéracinable, et les heures que des gens de son rang auraient données à la lecture ou au plaisir, il les consacrait à régler une querelle de bornage ou à examiner la valeur d’une plainte au percepteur. J’ai souvent dit qu’il pratiquait l’apostolat autant que moi ; cela le faisait sourire, et il me répondait que tout propriétaire rural était un roi et que, dans l’antiquité, le roi était toujours le prêtre.

Donna Maria insistait pour qu’il se mariât, mais il déclarait que ses fermiers lui tenaient lieu de famille et que, grâce à l’intérieur qu’elle lui faisait, il ne sentait pas le besoin de prendre une femme. Il passait plutôt pour un caractère froid, alors qu’il était tout simplement réfléchi, et peut-être capable d’une explosion de passion d’autant plus forte qu’elle aurait été plus contenue. Mais il me confia quelles étaient ses