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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/238

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qu’il lutterait encore quelque temps. Il était clair qu’il prévoyait d’avance l’issue du conflit, et la solennité avec laquelle il me reçut me prouva qu’il se préparait à la suprême épreuve.

— Mon fils, dit-il, lorsque la sage-femme se fut retirée, j’ai une faveur à vous demander. Vous m’avez trouvé hier faisant mes adieux à mon meilleur ami. (Une quinte de toux interrompit sa phrase.) Je ne vous ai jamais dit, continua-t-il, le nom de la famille avec laquelle j’ai été élevé. Ce nom est Siviano, et la tombe sur laquelle je priais était celle du fils aîné du comte, avec lequel j’étais lié comme un frère. Il repose depuis dix-huit ans sur cette terre étrangère — in terrâ alienâ — et lorsque je mourrai, il n’y aura plus personne pour soigner sa tombe.

Je vis ce qu’il attendait de moi.

— J’en aurai soin, monsieur le curé.

— Je savais bien pouvoir compter sur votre promesse, mon enfant, et vous êtes toujours de parole. Mais mon ami est un étranger pour vous — vous êtes jeune, et à votre âge la vie est une maîtresse qui efface vite les douloureux souvenirs. À quel titre vous chargeriez-vous de soigner la tombe d’un étranger ? Je ne puis l’exiger, mais je vous raconterai son histoire — et je crois qu’alors, dans la joie comme dans