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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/225

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rant était fréquenté par les principaux personnages de la Marine : le surveillant des ouvriers italiens à l’usine Meriton, le docteur, son épouse la sage-femme, une Napolitaine plantureuse aux boucles huileuses, au grand chapeau de peluche, au cou gras entouré d’un collier de corail, et enfin Don Egidio, le curé de la petite église italienne. Le docteur et sa femme ne venaient que les jours de fête, mais le surveillant et Don Egidio étaient des clients réguliers. Le premier était un homme affable mais silencieux, et je comptais surtout pour me distraire sur Don Egidio, dont les grosses lèvres étaient toujours prêtes à s’ouvrir quand il s’agissait de causer. Les paroles qu’elles émettaient avaient les sons gutturaux du dialecte bergamasque, et l’on devinait aisément le paysan du nord sous la soutane usée du prêtre. Par le fait, Don Egidio lui-même me raconta qu’il venait d’un village du val Camonica, la radieuse vallée qui s’étend vers le nord du lac Iseo jusqu’aux glaciers de l’Adamello. Son beau-père avait été journalier dans l’un des jardins fruitiers que louait un comte milanais, propriétaire de grands domaines dans le val Camonica : et ce gentilhomme s’était intéressé au jeune garçon, qu’il avait vu travailler dans un de ses vergers, l’avait pris chez lui, dans sa villa sur le lac