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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/220

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mes anciens doutes reparurent à nouveau. Que savais-je vraiment de votre sentiment pour moi ? Étiez-vous seulement capable vous-même de l’analyser ? Il était probablement fait aux deux tiers de curiosité et au troisième de sentimentalisme littéraire. Vous pouviez parfaitement vous croire amoureux de Mrs Anerton, et n’être en réalité qu’épris de Silvia. Le cœur est de si mauvaise foi ! Ou même vous pouviez être plus calculateur que je ne le supposais. Peut-être était-ce vous qui aviez profité de ma vanité, avec l’espoir (bien excusable !) de faire de moi, après un intervalle décent, un joli petit essai, avec annotations.

« Quand vous êtes arrivé à Venise, et que nous nous sommes retrouvés, vous rappelez-vous la musique sur la lagune, ce soir-là, de mon balcon ? J’avais une peur affreuse que vous ne commenciez aussitôt à me parler de lui, car le livre sur lui était ma raison officielle d’être venue. Vous n’en avez jamais dit un mot, et je vis bientôt que votre seule appréhension était que j’en parlasse, moi, que je ne vous rappelasse le prétexte de votre présence auprès de moi. C’est alors que j’ai su que vous m’aimiez vraiment. Nous n’avons pas fait allusion au livre une seule fois, n’est-ce pas, durant tout ce mois à Venise ?