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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/204

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même, et il n’y avait aucune conjugalité posthume, aucun usage du prénom possessif dans ses abondantes réminiscences. Elle ne se lassait jamais de décrire la vie intellectuelle du maître, ses habitudes de pensée et de travail. Elle connaissait l’histoire de chaque poème, par quelle scène ou quel épisode chaque image avait été évoquée ; combien de fois, dans une certaine strophe, les mots avaient été déplacés ; le temps qu’il avait mis à chercher telle métaphore ; elle avait même une explication pour ce vers impénétrable qui faisait le tourment des critiques, la joie des détracteurs, le dernier vers du poème : le Vieil Odysseus.

Danyers sentait qu’en parlant de toutes ces choses, elle n’était pas un simple écho de l’esprit de Rendle. Si sa personnalité avait paru absorbée par celle du maître, c’est simplement qu’ils pensaient de même, et non point parce qu’il pensait, lui, pour elle. La postérité incline à considérer les femmes chantées par les poètes comme des clous auxquels le hasard leur a fait suspendre leurs guirlandes ; mais l’esprit de Mrs Anerton était comme un jardin fertile où l’imagination de Rendle avait nécessairement pris racine et fleuri. Danyers s’en aperçut bientôt : le poète avait dû à l’union de cette nature avec la sienne plus d’un fil, et des plus précieux,