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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/181

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gens-là ; vous avez laissé le chapelain vous parler pendant des heures religion et morale. Lorsqu’on vous a prié de faire la quête au temple, je vous guettais : vous aviez envie d’accepter.

Elle vint tout contre lui, appuya la main sur son bras :

— Savez-vous que je commence à voir à quoi sert le mariage ? À tenir les gens à l’écart l’un de l’autre. Je me dis quelquefois que deux êtres qui s’aiment ne peuvent être sauvés de la folie que par tout ce qui vient se mettre entre eux, enfants, devoirs, visites, corvées, relations, tout ce qui protège l’un contre l’autre les gens mariés. Nous avons vécu dans une intimité trop étroite : voilà notre péché. Nous avons vu nos âmes à nu.

Elle retomba sur le canapé, la tête dans ses mains.

Gannett restait debout devant elle, perplexe : il lui semblait qu’elle était entraînée par quelque implacable courant, tandis qu’il demeurait inutile sur la rive.

Enfin il parla :

— Lydia, ne me dites pas que je suis stupide… mais ne voyez-vous pas vous-même que cela ne peut continuer ainsi ?

— Oui, je le vois bien, fit-elle sans lever la tête.