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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/16

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ville, — celle de l’année dernière, vous savez ? Si vous aviez voulu la présenter à la duchesse de Sestre, le tour eût été joué.

Le jeune homme haussa légèrement les épaules.

— Elle était vraiment trop exigeante, dit-il. Et puis — et puis — était-elle bien veuve, veuve comme on l’entend chez nous, ou bien avait-elle simplement égaré son dernier mari ? Votre pays est si grand que ces accidents doivent souvent arriver. Son passé était vraiment trop nébuleux !

La jeune fille eut un petit rire qui découvrait ses jolies dents nacrées et régulières sous le rose pâle des lèvres un peu trop minces.

— Oh ! quant à cela, vous savez, je ne vous réponds pas du passé de Mrs Smithers, car je n’ai jamais soulevé les voiles qui l’entourent. Mais je vous assure que sa fille est charmante, et que vous seriez bien difficile de ne pas en convenir.

Le jeune homme lui jeta un regard indéfinissable, où une nuance de sentiment semblait se mêler à sa moquerie habituelle.

— Aussi charmante que vous ? demanda-t-il en plaisantant.

Les sourcils foncés de miss Lambart se contractèrent sur ses grands yeux, devenus subitement d’un gris froid et métallique.