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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/156

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de sa voix et le vit arpenter la terrasse avec un autre fumeur à son côté. Quand il remonta, il lui dit qu’il avait causé avec le chapelain de l’hôtel, — un très brave homme.

— Quel monde en miniature que ces hôtels ! La plupart des gens vivent là tout l’été, puis ils émigrent en Italie ou sur la Riviera. Les Anglais sont les seuls qui sachent mener avec dignité ce genre de vie. Ces vieilles dames à voix douce, drapées dans leurs châles du Shetland, emportent avec elles, pour ainsi dire, l’Empire britannique. Civis Romanus sum. Ce serait une curieuse étude… il y aurait peut-être là de bons éléments pour moi.

Il se tenait debout devant elle, avec ce regard vif et préoccupé du romancier sur la piste d’un sujet. Et ce fut pour elle un nouveau soulagement, mêlé de quelque chagrin, de constater que, pour la première fois depuis qu’il étaient ensemble, il s’apercevait à peine de sa présence.

— Pensez-vous pouvoir écrire ici ?

— Ici ? Je n’en sais rien, dit-il en baissant les yeux. Après être resté si longtemps loin de tout, les premières impressions sont nécessairement très fortes. Je vois déjà une douzaine de filons à suivre…

Il s’arrêta, un peu embarrassé.