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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/151

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société… d’une société que nous méprisions et dont nous nous moquions… pour rentrer subrepticement dans une situation que nous avons volontairement quittée… ne voyez-vous pas que c’est un compromis indigne de nous ? Ni vous ni moi ne croyons à l’abstraite « sainteté » du mariage ; nous savons tous les deux que point n’est besoin d’une cérémonie pour consacrer notre mutuel amour : quel serait donc notre raison de nous marier, sinon la crainte secrète de chacun que l’autre n’échappe, ou bien le secret désir de regagner tout doucement, oh ! tout doucement, l’estime des gens dont nous avons toujours haï et bafoué la moralité conventionnelle ? Le seul fait que ces gens-là pourraient, après un intervalle convenable, venir dîner avec nous… oui, ces femmes qui pérorent sur l’indissolubilité du mariage et qui me laisseraient aujourd’hui mourir dans le ruisseau parce que je vis « dans le péché… » est-ce que cela ne vous dégoûte pas plus que de les voir nous tourner le dos maintenant ?

Elle s’arrêta. Gannett gardait un silence perplexe.

— Vous jugez des choses trop théoriquement, dit-il enfin d’une voix lente. La vie n’est faite que de compromis.

— La vie d’où nous nous sommes évadés…