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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/140

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n’avoir pas besoin de renfort. Et pourtant elle ne l’avait quitté qu’après avoir rencontré Gannett. C’était son amour pour Gannett qui avait fait de la vie avec Tillotson une si pauvre et médiocre affaire. Si, dès le principe, elle n’avait pas regardé son mariage comme un plein abandon de ses droits sur la vie, elle l’avait tout au moins accepté, pour un certain nombre d’années, comme une compensation provisoire ; elle en avait pris son parti.

L’existence, chez les Tillotson, dans leur spacieuse maison de la Cinquième Avenue, — avec Mrs Tillotson mère commandant les abords par ses fenêtres du second étage, — l’existence avait été réduite à une série d’actes purement automatiques. Le moral de l’intérieur Tillotson était aussi soigneusement protégé, aussi pourvu de paravents et de rideaux que la maison elle-même : Mrs. Tillotson mère craignait tout autant les idées que les courants d’air. Ces gens prudents aimaient une température égale ; pour eux, faire quelque chose d’inattendu était aussi absurde que de sortir sous la pluie. Un des principaux avantages de la richesse était de supprimer les éventualités imprévues : avec une fermeté ordinaire et un peu de bon sens, on pouvait être sûr de faire exactement la même chose tous les jours, à la