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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/139

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du guide local : — ils en étaient réduits, depuis quelque temps, à tirer le meilleur parti possible des incidents humoristiques du voyage. — Même lorsqu’elle eut déplié la feuille, elle s’imagina que c’était un papier d’affaires insignifiant qu’on lui envoyait à signer ; ses yeux parcoururent distraitement les « attendu » tourbillonnants du préambule, jusqu’à ce mot qui l’arrêta : « divorce ». Oui, il était bien là, ce mot, dressant une barrière infranchissable entre le nom de son mari et le sien.

Elle y avait été préparée, bien entendu, comme les gens bien portants sont préparés à la mort : ils savent qu’elle doit venir, sans s’attendre le moins du monde à ce qu’elle vienne. Elle avait su dès le début que Tillotson comptait demander le divorce contre elle ; mais que lui importait ? Rien ne lui importait, dans ces premiers jours de suprême délivrance, hormis le fait qu’elle était libre ; et pas tant — elle commençait à s’en apercevoir — le fait d’être ainsi délivrée de Tillotson que celui d’appartenir maintenant à Gannett. Cette découverte l’avait choquée dans l’estime qu’elle avait d’elle-même. Elle aurait mieux aimé croire que Tillotson incarnait à lui seul toutes les raisons qu’elle avait eues de le quitter ; et ces raisons lui avaient paru assez puissantes pour