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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/137

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il pouvait fumer !… Mais ce relâche ne fut que d’un moment. Elle n’avait pas grande expérience des fumeurs, — son mari ayant réprouvé l’usage du tabac, — mais elle croyait savoir que dans certains cas les hommes fumaient pour s’étourdir…

Gannett, après une ou deux bouffées, reprit sa lecture.

C’était bien ce qu’elle avait prévu : il craignait de parler tout autant qu’elle. C’était une des misères de leur situation qu’ils ne fussent jamais assez occupés pour que cela nécessitât ou même excusât l’ajournement des discussions pénibles. S’ils évitaient un sujet, c’était évidemment parce que le sujet était désagréable. Ils avaient des loisirs illimités, et toute une accumulation d’énergie mentale à consacrer à la première question qui se présentait ; pour eux, tout ce qui était nouveau faisait prime. Lydia avait parfois comme des pressentiments qu’ils en arriveraient à une période de disette où il ne resterait plus rien de quoi parler, et elle s’était plus d’une fois surprise à distiller goutte à goutte ce que, dans la prodigalité de leurs premières confidences, elle aurait débité d’une haleine. Leur silence pouvait donc s’expliquer par le fait qu’ils n’avaient rien à se dire ; mais un autre désavantage de leur position, c’était