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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/127

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que la pièce n’avait pas été changée. Le temps n’avait rien diminué de l’horreur qu’elle lui avait inspirée. La « contadina » souriait toujours sur la cheminée, et l’esclave grecque obstruait le seuil du salon du fond. Tout était vivant de souvenirs : elle les retrouvait dans chaque pli des rideaux de satin jaune, dans chaque coin du mobilier de palissandre. Mais tandis que quelque obscur intermédiaire lui transmettait ces impressions, tous les efforts de sa volonté se concentraient dans le seul acte de dominer Arment. La crainte qu’il ne refusât de l’écouter montait comme une fièvre à son cerveau. Elle sentait son but même lui échapper ; et dans son désir aveugle, intense, les mots et les arguments se heurtaient confusément.

Un instant, la parole lui manqua, et elle s’imagina être rebutée avant de pouvoir parler ; mais comme elle cherchait ses mots, Arment lui poussa une chaise et dit tranquillement :

— Vous n’êtes pas bien ?

Le son de sa voix rendit à Julia un peu d’aplomb. Cette voix n’était ni douce, ni sévère : c’était la voix d’un homme qui suspendait son jugement, en attendant des explications ultérieures. Elle s’appuya contre le dossier de la chaise et soupira profondément.

— Faut-il envoyer chercher un remède ? con-