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Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/123

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retourner, voyant bien l’inutilité d’une telle tentative et l’humiliation à laquelle elle s’exposait…

Et maintenant elle ne savait plus à quoi se résoudre. La courte journée d’hiver touchait à sa fin… elle ne pouvait, sans attirer l’attention, s’attarder davantage dans le restaurant.

Elle paya donc son thé et sortit. Les réverbères étaient déjà allumés, et çà et là, du soubassement d’une boutique, jaillissait une lueur oblongue qui se reflétait sur le pavé. Ainsi vue à la nuit, la rue avait un aspect sinistre, et Julia se hâta de revenir vers la Cinquième Avenue. Elle n’était pas habituée à être dehors seule à cette heure-là.

Au coin de la Cinquième Avenue, elle s’arrêta pour regarder passer les voitures. À la fin, un sergent de ville l’aperçut et lui fit signe qu’il la ferait traverser. Elle n’avait pas eu l’intention de traverser, mais elle obéit automatiquement et se trouva tout à coup au coin opposé. Là, elle s’arrêta encore un instant ; mais, s’imaginant que le sergent de ville la regardait, elle se décida à tourner dans la rue la plus proche… et elle marcha ensuite longtemps et sans but…

La nuit était tombée et elle apercevait parfois à travers les vitres des voitures qui passaient