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ALBERT

Par dépit, par désespoir, oui, j’y suis retourné ; chassé par vous, j’ai voulu consommer ma première faute, mais je ne l’aimais pas, je ne l’aime pas, vous dis-je, et je suis revenu dégoûté d’elle, parce que je sentais qu’ici seulement il y avait le calme, la pureté, le repos…

CHRISTINE

J’étais l’hôtellerie où l’on se délasse après une longue marche, n’est-ce pas ? Vous songez à moi lorsque vous êtes fatigué, et vous m’appelez comme vous appelez votre valet, — pour qu’il vous donne vos pantoufles ? Rompons-là, monsieur ; cet entretien n’aboutirait qu’à rouvrir d’anciennes blessures ; laissez-les tenter de se fermer, ne leur faites pas de mal. Sur toutes choses passées je tente d’endormir ma vie, et si je souffre, c’est d’une douleur lente à laquelle vous n’avez pas le droit de toucher, elle est bien à moi.

(Elle se lève fiévreusement.)
ALBERT

Vous êtes impitoyable, et doucement, avec votre rancune, vous me poussez à des folies et à des désespoirs.

CHRISTINE

Vous pensez trop à vous, monsieur.

ALBERT

Est-ce ma faute ?

CHRISTINE

Vos folies et vos désespoirs ne pourront effacer ce que vous avez fait.

ALBERT (impatienté)

Ce que j’ai fait s’éloigne dans le passé ; je vous demande l’oubli ; si vous n’avez rien gardé pour moi, madame, c’est qu’un autre…

CHRISTINE (très calme)

Prenez garde ; vous allez être brutal.

ALBERT (violent)

… Et cet autre, c’est Gaston de Cléry ; tout le monde le dit, tout le monde le sait, et votre rancune, la voilà ; votre obstination, la voilà ! Vous ne m’aimez plus, mais c’est parce que vous avez porté votre amour autre part ! Mais répondez donc, je vous en supplie ; défendez-vous !