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CHRISTINE

Je ne sais.

GASTON

J’entends Albert ; soyez bonne, c’est si facile.



Scène II


Gaston, Albert, Christine
GASTON

Au revoir, madame, je vous laisse ; à plus tard, toi !

ALBERT

À plus tard. (Silence.) Christine, c’est moi, ce n’est que moi qui veux vous voir, vous parler, savoir enfin si votre attitude n’est pas un jeu pour me punir, s’il est vrai que tout s’est brisé entre nous depuis la malencontreuse visite d’il y a deux mois.

CHRISTINE

Malencontreuse visite, en effet ; vous n’avez pas l’exagération facile. Cette malencontreuse visite n’avait rien de criminel en elle-même, je le sais, mais l’idée de la faire prouvait que vous aviez assez du… hors-d’œuvre du mariage, et j’en ai été blessée irrémédiablement, vous devez le comprendre ; pourquoi venir me demander alors d’oublier ce que vous savez inoubliable ?

ALBERT

Parce que vous m’avez aimé, parce que vous ne pouvez pas ainsi briser notre vie à tous les deux ; il n’y a rien d’inoubliable ; aimer c’est oublier tout ce qui n’est pas l’amour, et nous pouvons aimer encore, Christine ; hors de là, tout est folie ; on ne détruit pas l’avenir parce qu’il y a une tache dans le passé ; on ne s’arrête pas sur la route parce qu’on a buté du pied contre un caillou, voyons, écoutez-moi, je me mets à vos pieds, vous êtes celle que j’aime… Mais vous ne sentez donc plus rien, vous ?

CHRISTINE

Je sens le vide et la solitude ; je vous aurais pardonné peut-être encore si vous n’étiez pas retourné chez cette femme…