Page:Waller - Jeanne Bijou, 1886.djvu/10

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

velours et le satin de notre cœur ; puis, un beau jour, il vous semble avoir encore froid, et vous cherchez d’autres couvertures en laissant là celle qui ne demandait pas mieux que de vous réchauffer. Trouvez-vous ? — Alors c’est l’ingratitude. Ne trouvez-vous pas ? — Vous revenez, et il vous semble tout naturel que Cendrillon soit encore au coin du feu à vous attendre !

ALBERT

Et… mon successeur ?

JEANNE

Tout beau ! cher ami ; soyez assez courtois pour ne pas m’insinuer que vous me prenez pour une station de tramway où tout le monde passe mais où personne ne s’arrête. Au reste, qu’importe ! votre successeur, c’est le baron Friedmann, un Allemand.

ALBERT (ironique)

Juif ?

JEANNE

Et millionnaire, — il est complet.

ALBERT

De l’esprit ?

JEANNE (nonchalamment)

Mais non, je vous dis qu’il est complet !

ALBERT

Et vous l’aimez ?

JEANNE

Comme coffre-fort, oui ; comme juif,… je le supporte.

ALBERT

Mais vous n’avez jamais été ce que vous vous faites !

JEANNE

Vénale et vendue ? non, en effet. Je me repose d’avoir été presqu’honnête, vous savez que cela ne m’avait pas réussi.