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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/581

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Aux angles des toits bas le jour lent s’effiloche…
Les maisons ont l’odeur des armoires de vieilles…
Et quand nostrains, dans ces dortoirs à bonnes femmes,
entreront, ébranlant la gare ensommeillée,
nous essuierons du doigt la portière embuée
et nous murmurerons : « Evêché, 10.000 finies… »

1905.

PLEIN SOLEIL

Les joueurs, les cousins et les autres, sont là.
Le tennis, qui tend droit ses lignes parallèles,
semble un filet pour attraper des demoiselles.
L’été baigne de ciel les murs neufs des villas.

L’air sent le bleu, les doigts gantés, les cigarettes,
les jardins arrosés, le luxe, les oiseaux…
Le matin, tout léger de s’être levé tôt,
traduit l’âme grelette et noble des fillettes.

Liane en blanc, qui rêve et manque tous les coups, boude à ses yeux, s’impatiente et se déteste, fait un vilain sourire avec un joli geste et relève en courant ses cheveux sur son cou.

Puis, grave, elle entre-croise un instant ses chevilles, se mord la lèvre, fait en deux pas quatre sauts, revient, hésite, et se suspend, les poignets hauts, tendant comme un garçon son corps de jeune fille :

la balle vient, comme un rayon de soleil blond ! Liane attend… mais brusque, elle bouge, s’apprête, tourne autour de sa robe, et levant sa raquette, au bout de son bras nu réfléchit le rayon !
1906.