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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/580

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Tu descends au jardin quand les rosiers sont roses,
tu fermes les volets au soleil de midi…
Tu vis sans t’étonner dans la gaité des choses…
Tu ne sais pas qu’on t’aime : on ne te l’a pas dit.

…J’ai pris tes mains parmi mes mains, ettes mains même
ne savent pas pourquoi mes mains tremblent, ce soir…
Je t’aime de ne pas savoir comment je t’aime,
et parce qu’il vaut mieux, vois-tu, ne pas savoir…

1905.

SOUS-PRÉFECTURES

Province, feux voilés, bruits inquiets, angoisses…
désirs de vivre ainsi qu’on a toujours vécu…
logis à croupeton dans l’ombre des paroisses…
grand’mères avec des bonnets et des fichus…

Les robes ont le pli des choses jamais mises.
Les étoffes, d’un temps qu’on ne peut préciser,
gardent comme une odeur de lainage et d’église…
On usera toute une vie à les user.

Et des vieilles qui vont tout bas, comme elles peuvent,
toutes gauches de n’être pas agenouillées,
meublent la rue ainsi de vieilles robes neuves
qui même sur leurs corps ont l’air d’être pliées…

On les dépasse. On cherche une vie et des êtres.
On longe des couvents et des murs d’hôpitaux…
Et l’on ne voit des yeux qu’à travers des fenêtres
où des géraniums fleurissent dans un pot.

Tout est humble et silencieux. Sur l’Esplanade
des vieux inoccupés passent le long des bancs…
Ils viennent là vieillir d’un jour sous le ciel fade,
ralentissant leur vie afin d’emplir le temps.

Sous les grilles, dans les jardins les roses dorment,
Les enfants ennuyés, attentifs, doux et las,
les jeunes filles, sous leurs nattes d’uniforme,
grandissent quelque part, au fond des internats…

La ville sonne creux au choc clair de ses cloches.
Le son meurt dans l’air vide où les choses sommeillent…