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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/577

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l’automne agonisant aux sanglots de violons que pleurent des visions diaphanes d’amantes…
C’est toute notre Ardenne au passé balbutiant,
que rythme à son rouet l’aïeule chevrotante…
l’Epopée légendaire où sonne, dans le vent,
l’effréné hallali des chasses haletantes… ;
où passe, ivre d’un bond sublime et fabuleux,
le grand cheval Bayard, tout harnaché de gloires !…
— Mais, sur mon cœur, et dans les choses, la nuit pleut…
Mes souvenirs, au loin, ne sont plus que des moires,
errantes vaguement à l’horizon violet,
qui se mêlent à l’ombre éparse et silencieuse
où monte lentement l’odeur des foins coupés…
Je songe…

Plus tard, ô ma vieille Ardenne pieuse, et vous, mes souvenirs, tout parfumés encor, lorsque seront bien loin les blondes avrillées, de vos belles féeries et de mes rêves morts nous reviendrons causer, le soir, à la veillée…

Thilay-sur-Semoys, juillet 1903.

GRISAILLE

La pluie tisse du silence
et de l’ennui dans le soir
où les ramilles balancent
leurs filigranes en noir.

Près de la vitre, en sourdine,
elle pleure doucement,
et ma peine se câline
à son tendre bercement.

Là-bas, sur la route nue,
au long du fossé bourbeux,
erre une pâle inconnue,
frileuse en le brouillard bleu.

N’est-ce pas ma Rêverie,
la si pale tout en noir,