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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/567

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Et là, sans hâte, sûrs des heures,
Nous causerons, baissant la voix
Pour ne pas que l’ombre s’épeure…
Nous nous tairons aussi parfois.

Alors, aux cris de la tourmente,
Nous songerons que c’est l’hiver,
Qu’il pleut au dehors et qu’il vente,
Et qu’il est des marins en mer.

PÈLERINAGE

« J’ai tout revu. «

(verlaine.)

Moi, je n’ai rien revu. Plein des rimes apprises,
J’ai voulu retrouver, comme d’autres, le nid,
Et je m’en suis venu du pays des églises,
Par les chemins d’ajoncs que tourmente la brise,
Vers la grève de sable enclose de granit.

Et rien ne m’a plus dit. J’ai marché par la grève
Et me suis étonné de mon ancien émoi.
Les rochers ne m’ont plus confié leur vieux rêve,
Et la profonde voix qui des houles s’élève,
L’âpre voix de la mer n’a plus chanté pour moi.

Et je n’ai pu savoir ce qu’étaient devenues
Les Morganes d’antan qui m’ont fait tressaillir,
Du fond de leur palais de pierre, aux parois nues,
En fixant sur mes yeux les lueurs inconnues
De leurs yeux d’émeraude étoilés de saphir.

Pour rendre son langage au vent de mer qui passe
Et l’éclat d’autrefois à ce décor pâli,
L’Enchanteur n’est plus là. Puisque ici tout s’efface,
Reprenons le chemin, ô ma bonne besace,
Vers les puys nouveaux promis au même oubli.