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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/552

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Retrouve en mon baiser profond, ô mon amant,
Ce goût d’azur, d’air libre et de vie exaltée,
L’extase sans objet, sa beauté, son tourment,
Tous les divins soucis dont j’étais enchantée.

Et prends mes mains qui caressèrent si souvent
Les écorces, la chair des fleurs, toutes les sèves,
Et mon large regard qui brava tout le vent,
Et mes cheveux, velours jeté sur tous les rêves !

DÉSESPÉRANCE

Mon cœur se sent mortel pour la première fois.
Astres des cieux| soleil, éternités du monde.
Et toi la préférée, ô mer douce et profonde,
Renaissances des fleurs, des arbres et des bois,
Foi divine qui vois des dieux dans les étables,
Illusion drapée en tes voiles de paix,
Toi, volupté, qui prends les plus pensifs aspects,
Vous n’êtes plus en lui toutes choses durables !
Mon cœur sait qu’il mourra, demain, bientôt, plus tard.
Qu’il est à la merci d’un heurt, ou d’un hasard,
D’un battement, d’une faiblesse, et que le rêve
L’a blessé jusqu’au fond, haut et dur comme un glaive ;
Qu’il doit sans cris tumultueux porter ce poids
Comme la marque d’or griffée au front des rois,
Qu’on ne retire pas un fer d’une blessure,
Que du geste à venir seule la mort est sûre,
Qu’en elle désormais tout désir se confond,
Et que c’est à cela que tous les espoirs vont !
Je ne crois plus en toi, radieuse espérance !
Je ne crois plus en vous, charmes puissants et frais
Des vains printemps, ni plus en vous, mensonges vrais
De l’espace et du ciel, ni plus en toi, souffrance,
Plus même en toi, souffrance au regard desséché,
Je ne crois plus au mal, et plus à mon péché ;
Et je porte ce cœur qu’on dénie ou qu’on raille
Comme un temple fermé que garde une muraille,
Cœur naguère hanté d’orgue grave, de chant,
Que tout rendait sacré, que tout rendait touchant,