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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/551

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Mais j’aurai, les matins, appris d’un jeune pâtre,
Qui jouait de la flûte, à moduler ma voix.

Je dirai le beau jour. Il sera plus sensible
Au son tremblant et lent qu’à tout autre agrément,
Car, par ma voix où vit toute l’âme indicible,
ll saura que je l’aime et qu’il est mon amant.

LES OFFRANDES

Tu ne sais pas combien j’aimais le beau ciel clair
Où toujours on croirait qu’un Dieu nouveau va naître,
Combien j’aimais la mer, la désireuse mer,
Et les champs et les bois, avant de te connaître !

Comme j’aimais les parcs et leurs arbres âgés
Courbés vers les ruisseauxpleins de soudains murmures
Et les matins, comme j’allais dans les vergers,
Voir amoureusement si les pêcbes sont mûres,

Gomme j’aimais les fleurs et les libres oiseaux,
Et les chemins d’été qui vont à l’aventure,
Et les iris secrets penchés sous les roseaux,
Et toutes les saisons et toute la nature !

Que j’adorais, et pêle-mêle, et sans choisir,
L’aurore, les midis, les soirs bleus, les orages,
Tu ne sais pas ma ruse et mon jeune plaisir
A greffer savamment les églantiers sauvages.

Je n’aime plus que toi. Si vous n’êtes pas là,
Les jardins sont déserts, c’est à toi que je pense.
Au bord des vastes mers que l’aube dévoila,
Je suis comme un marin qui veut sa récompense.

Mais tu m’as prise avec mes anciens amours,
Mon esprit a gardé le souvenir d’une aile,
Et pour ce beau destin que tu m’aimes toujours
Mon âme enferme un peu de la mer éternelle.

Mon amour est un arbre et mon cœur est un fruit
Que ton désir changeant peut savourer ou mordre,
Je te donne avec moi le soleil et la nuit,
Le ciel et la nature en un fougueux désordre.