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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/546

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Des feux criblent les flancs des coteaux inclines ;
C’est l’heure inoubliable où chante la Lumière…
Et, sans une ombre, éblouissante, la rivière
S’étale comme un paysage japonais.

Blaye, 4 juin 1893.

(Le Temple.)

LA PHTISIQUE

Elle vit comme un lis dans une forêt noire,
Un lis tremblant dans un grand bois calme et profond ;
Elle ne sera pas de celles qui s’en vont
Portant l’amour au fond de leurs yeux de victoire.

Elle n’espère plus, parce que son espoir
Détournerait ses yeux des clartés bien vivantes ;
Elle vit sans orgueil comme sans épouvante,
Et ne craint que le vent, les larmes et le soir.

La douce enfant finit le rêve de sa vie
Avec joie, elle meurt avec sérénité ;
Malgré son ignorance et sa virginité,
Son âme est satisfaite et se croit assouvie.

Quand ses yeux sans regards s’emplissent d’infini,
Cruellement, ses mains longues et diaphanes
Abattent des œillets indolents qui se fanent
Dans ses bras, au soleil torride de midi.

La chanson des oiseaux ne l’émeut pas… Pensive,
Elle note leurs airs dans son frêle cerveau,
Pour les chanter—peut-être ! —en des jardins plus beaux,
Où fleurissent — dit-on ! — les roses maladives.

(Le Temple.)