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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/541

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LA TÊTE DE VEAU

Sur le plat large que décore
Un cercle de persil nouveau,
Toute chuude et fumante encore,
Gît la triste tête de veau.

Elle gît, paupières fermées,
Blanche sur son oreiller vert,
Et de minuscules fumées
S’échoppent du crâne entr’ouvert.
Un réseau de petites veines
Qui se croise à son front pâli
Y sème de pâles verveines
Que la lumière encor pâlit.
La langue, peu à peu gonflée
En son bain de tiède vapeur,
Semble, bleuâtre et granulée,
Le fin menton d’un vieil acteur.
Le dessus qui bâille, révèle,
Sous la vapeur en fumet roux,
Les grains de riz de la cervelle
Et les cavités des os mous.

Deux roses, formant une aigrette
Sur l’ancre double des naseaux,
Semblent le panache ou la crête
De quelques fabuleux oiseaux.

… La tête se repose, lasse,
Sous les hauts flambeaux allumés,
Tandis qu’un rêve naît et passe
Devant ses yeux lourds et fermés.
Songes des natales prairies
Où folâtrent les jeunes veaux,
Où l’on entend les cris nouveaux
Des agneaux dans les bergeries !
Sa mère, l’ayant à son flanc,
Tournait un peu sa tête brune