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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/534

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LA PERLE

Un homme, après vingt ans de pêches et de plonges,
Tira du fond des mers le phénix des joyaux :
Une perle sans prix, digne des fronts royaux,
Comme il n’en brille pas, Orient, dans tes songes !

Il quitta le rivage, emportant son trésor.
« La Reine du Pays de Gloire et de Lumière
La verra, pensait-il, et se montrera fière
D’en parer son front pur et diadémé d’or. »

Mais la route était longue, et le désert farouche,
Et le sable torride et le ciel aveuglant,
Usait ses pieds lassés, brûlait son œil sanglant,
Et nul fruit n’apaisait la fièvre de sa bouche.

Pour un pain de maïs et pour une outre d’eau,
Il offrit vainement au Syrien rapace
Dont parfois au lointain la caravane passe,
Sa perle invraisemblable, impérial cadeau.

Enfin, dans le mirage ardent des agonies,
Il vit à l’horizon des minarets, des murs,
Des jets d’eaux, des vergers où pendaient des fruits mûrs,
Et des coupoles d’or par le couchant brunies.
« Gardes des tours, soldats royaux, chefs renommés,
Remettez cette perle a la Grande Sultane,
De la part d’un pêcheur de la mer Océane
Mort de faim et de soif devant ses murs fermés. »

(L’Encens Perdu.)

LE BAISER DE L’HOMME

Christ agréa l’hommage exquis de Madeleine.
Allait-il au Dieu seul ? Qu’importe ! on ne sait pas
Jusqu’où monte l’amour des femmes d’ici-bas,
Ni de quel rêve humain l’âme pieuse est pleine.

Jésus sur ses pieds nus sentit l’ardente haleine,
Les doux cheveux, de nard et de cinname gras :