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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/533

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ICARE TOMBÉ

Icare, fou d’amour, s’échappa de la terre.
Dans l’immense azur vierge il s’envola, pareil
A quelque Eros viril, vers l’adoré Soleil.
La nue, émerveillée, admirait l’androptère.

Triomphal, il monta vers l’astre solitaire,
Dans le rayonnement dévorant et vermeil ;
Son beau songe eut sa mort sublime pour réveil :
Orgueil humain perdu dans le divin mystère !

Vaincu par sa chimère, il l’étreignit du moins !
Il eut, prenant les dieux indignés pour témoins,
L’apothéose dans l’ivresse de la lutte :

Mais moi, qui tout sanglant agonise ici-bas,
Je sens l’écrasement terrible de la chute,
Et suis tombé d’un ciel que je ne connais pas !

[L’Encens Perdu,)

LA BONNE SOIRÉE

J’aime à me figurer le moment de ma mort :
Je me vois, par un lourd soir d’été brun d’orage,
Les mains sur mon drap blanc, comme un enfant bien sage,
Ecoutant s’arrêter mon cœur que le froid mord.
Mon corps se sent très las, et jouit sans remord
D’un calme qui se fait reposant davantage ;
Et comme un matelot surnageant d’un naufrage,
Mon âme, ouvrant les yeux, cherche les feux du port.
Le crépuscule, entrant par la fenêtre ouverte,
Me baigne d’une odeur d’eau fraîche et d’herbe verte ;
La grêle fait tinter des rameaux frémissants.
Quelqu’un goûte avec moi les délices de l’heure :
Une femme ? Un ami ? Je ne sais : mais je sens
Une vague tendresse, à mon chevet, qui pleure !

[L’Encens Perdu.)